La famille THOMAS
La famille THOMAS se compose
du père : Pierre Frédéric Guillaume (1798-1875), percepteur à Cluny, maire en 1872
de la mère : Marguerite Cécile dite Ninette BLANC (1824-1869) (sœur jumelle de notre aïeule Virginie BLANC épouse puis veuve FLEURET)
et de trois enfants :
Cécile Henriette Isoline Paméla (1844-1860) dont nous n'avons ni photo ni lettres
Jean Frédéric Guillaume dit Frédéric ou Fritz (1852-1883), interne aux Hôpitaux de Paris, pharmacien
Lettre de Ninette BLANC à ses parents
(Ninette à 9 ans 1/2 quand elle écrit cette lettre, elle est à Lyon chez ses grands-parents maternels, les BOUQUIER ou BOUQUIT)
Monsieur
Monsieur blanc
M. horloger rue mercière
N° 1 à Cluny
Très pressée Saône et Loire
Lyon le 30 sept bre 1833
Mes bien chers parents
Je profite de l'occasion de madame chanut pour vous présenter mes humble respects et en même temps pour vous donner de mes nouvelles je vous dirais que mon grand-papa et ma grand-maman se portent bien ainsi que moi, et je pense que la présente vous trouve de même je désirerais bien savoir des nouvelles de vos nouvelles de celle de mon grand-papa et de ma grand-maman de mon oncle et de ma tante mon grand-papa bouquit vous enverra L'horloge par le voiturier qui sera à la premiere occasion, veuillez je vous prie de mon honorer d'une réponse le plutot possible, vous obligerez celle qui a l'honnore d'etre
De Votre toute dévoué respectueuse et obeissante fille ninette blanc
papa je vous souhaite une bonne fête
Lettre de THOMAS père au directeur du collège de Saint-Didier
Cluny le 3 Janvier 1871
Monsieur le directeur
Le froid excessif qu'il a fait ces jours derniers nous ont empêché d'aller voir Emile et par conséquent de payer le second trimestre. D'ici que la température se sera un peu adoucie nous ferons le voyage de St Didier
Veuillez donc Monsieur le directeur, mettre Emile au courant de nos intentions et lui dire qu'il ne soit pas en peine de nous.
Nous vous le recommandons toujours pour son travail.
Agréez, Monsieur le directeur l'assurance de ma parfaite considération
Thomas père
Lettres d'Émile THOMAS à sa tante Virginie BLANC-FLEURET
(Il est plusieurs fois question de Marie dans ses lettres ainsi que dans celles de Frédéric ; elle est notre aïeule, fille unique de Virginie et donc cousine germaine des deux fils THOMAS)
Année 1875 probablement, Collège de Chalon-sur-Saône
Ma bien chère tante
Je suis arrivés au college sans que rien ne m'arrive en route d'extraordinaire. Je suis toujours content d'être au college quoique cependant je désirerais être pres de toi pour te prouvés mon amitier, mais il faut que je travaille et ainsi dans ma classe je suis un assez bon rang. J'espère prospérer et arriver a quelques choses. Si tu as quelque chose a me donner, et se dont je te demende c'est de mettre 1 sous tous les jours dans une tirlire et aubous d'une annés sa me ferais une certaine somme pour achter un ou plusieur livre du reste je le ferais aussi de mon cotés et ainsi j'espere achter quelque chose qui en vallent la peine. Tu diras le bonjour à Marie, tu lui diras bien des chose de ma part et surtout qu'elle se soigne un peut avant de soignier les autres car elle est pale a faire peurt. Tu remercira bien ma grand mère et mon grand père de ce qui m'ont donnés. tu leur dira que bientot j'espère être près d'eux et ayant fini le cour de mes études je pourais être souvent auprès d'eux pour leur prouver mon affection
adieu ma bien chère tante
ton tendre et très respectueux neveux
Thomas Emile
Chalon le 22 decembre 1875
Ma bien cher tante
Je t'écris ces quelques lignes te disant que je vais aller a Cluny pour le jour de l'an. J'ai recu par Dufour le paquet que ma grand-mère ma envoyer. Mon frère et a paris je ne sais point son adresse jusquela je pense qu'il ne veut pas tardés de me l'envoyer. Je te pris de m'envoyer de l'argent. mon frère et recu et il m'a envoyer un foulard que je lui ait demandés mais je te demende de l'argent pour aller a Cluny Je ne comprend pas pourquoi vous ne m'en avez pas envoyer autant les un que les autres quand j'en est besoin ma grand mère ne m'en a pas donnés, elle veut que jen demende au principal ebien tante envoie moi par le courier avant mercedit soir parsqu'con part a 3 heur Je te pris de venir m'attendre au trin si je n'y suis pas c'est que je serais restés au colege. Pour bonne annés je souhaite du bonheur et surtout la tranquilité.
Le nom de la dame qui me fait sortir et Madame Bertin, j'ai été ches eux deja plusieur fois il mon très bien reçu. Je souhaite a ma cousine toute choses heureuses et surtout ses examen. noubli pas de lui dire que je pensse bien a elle mais je ne .... ? a rire parsque j'ai beaucoup a faire dans mes classe. Je ne est pas une bonne place mais je fais tous ce que je peux en étude j'ai toujours toutes les semaine une récompense. mintenant nous sommes en trains de composés en mémoire. Je n'ai pas put t'envoyer cette lettre par le comis parsqu'il est partit tout de suite et ma lettre ne etait pas encore faite. Dit bien le bonjour à mon grand père et a ma grand mère dit leur que je ne les oubli pas que je pense bien a eux et souhaite leur pour moi toute chose heureuse pour le jour de l'en ou j'irai a Cluny je pourais t'expliquer plus distinctement mes affaire et se que je fais à chalon
Je termine ces quelques lignes en vous embrassant tous autant que je vous aime
Je t'embrasse de tout mon cœur
ton fils Thomas Emile
Chalon le 10 janvier 1876
Ma bien cher tante
Je suis a chalon il y a quelque jour j ai été en arrivant voir madame Bertin ou j ai diner et j ai retournés au college J'ai aussi recu en arrivant une lettre de mon frère qui ma envoyer de l'argent et son adresse pour mon voyage j ai bien été jusqua Macon mais arrivés a Macon j ai falli manqués le train parsque on na pas vouilu que je passe avec ma caisse a la salle d'attante et il a falut que je la fasse enrigistrés et on ne voulais pas me laissez passés parsque c'était trop tard et sans une femme qui était la qui a dit "laissé donc passés se pauvre petit il pleur que voulez vous quand on est jeune on ne sait pas faire." alors on ma fait passés par dessus la banque et l'home ma prit ma enrigistrés ma quaise sa ma coutés 10 sous
et je suis arrivés juste car le train était en marche Je lai laissés tomber a terre cé pourquoi elle est tachés Et je suis arrivé a chalon a la gare de tournu on a changés le vagon ou jetais parsqu'il avait un resort de cassés et jai été avec deux monsieur que jai suivit dans un vagont de 2 classe jusqu a chalon
Envoi moi donc s'il te plait mon mouchoir j en ai laissés un a la maison et mon cachenet puis ma seinture Envoi moi cela par le courier le plutôt possible
je t'embrasse comme je t'aime.
ton petit fils
Thomas Emile
Lettre non datée, probablement vers 1876/1877.
Argerot e Loire
Ma chère tante
je suis bien faché de la Betise que j'aie faite ce matin Pardonne mois un moment d' irréfléction car dans ce moment je pouvais avoire 4 ou 5 canon qui commençais a me monter
Mad. Aucaigne m'a dit ce matin que mon frère t avais demendé du vin tu te trompe car jamais mon frère ne t a rien demendé et que il ne commencerais pas aujourd'hui. ce n'est pas mois non plus qui te l'aie demendé
Je te remercie toute fois de ce que tu m'a donné. pardonne mois une Betise, la piece m'a fait baucoup de plaisir. mois je ne t ais demendé que ça
adieu cher tante je t embrasse
Thomas Emile
P.S. Quand a aller chez tois cela n'est pas possible attendu que Marie a dit des choses Plus ou moins propre de mois aux dames qui sont chez vous
Le 8 février 1876
Ma bien cher tante
J'ai recu hier une lettre de ma cousine qui est a macon elle me dit beaucoup de choses ensuite elle me dit de travailler. Mais je t ai demender mon bultin qui est chez ma grand mère car j'en est besoin maintenant mon frère ma écri j ai de ces nouvelle il est a paris il y a près d'un moi il a vut stanislas drouet J'ai aussi été voir madame Bertin pour le grand Jeudi. Je termine ces quelque ligne et te disant adieu
ton petit fils
Thomas Emile
et surtout envoi moi Mon Bultin qui est chez ma grand mère tout de suite parsque j en est Besoin
Envoi moi donc 2 tembre parsque s'est la 2 lettre que J'écris. je t'en est écris une l'autre jour et tu ne ma pas rendu réponse
Le 24 M(ars)77
Ma bien cher tante
Je suis heureux de pouvoir t'écrire dans mes quelques moments .... ? car je n'est guère le temps, maintenant il faut que je travaille pour paque je n'irais peut etre pas à Cluny je resterais peut etre au college en tous cas je pouvais te l'anoncer dans quelque jour j'attan une lettre de mon frère qui va desider ou j irais quand tu veras Marie dit lui bien des choses de ma part car je ne l'oublie pas et je voudrais être aupres de vous pour vous temoignier mon affection adieu j espère t'embrasser bientot
Ton neveux
qui t'embrasse
comme il t'aime
Thomas Emile
Sées le 21 janvier 1878
Ma bien chère tante
Je n'est pus t'écrire pluto car je suis resté a Paris jusque a ces dernier temps et dernièrement un étudiant m'a emené au college de Sées. les gas normends sont de bon tipes je me habitu bien avec eux. On ne bois a ces repas que du cidre et cette liqueur ne me plais pas beaucoup je bois a peine
Je suis en francais mon professeur est très gentil pour moi. nous sommes apeuprès en famille de 15 a 20 pensionnaires dans un petit dortoire on a des bougis et on peut lire et le premier moi je suis a coté d'un pion et le premier soir il a mi sa bougi a ma disposition. Sées est une gentil petite ville mais je prefère Cluny. Vendredi dernier il y a un tipe qui etait en 6eme et nouveau qui etait arrivé quelques jour avant moi au college qui s'est
sauvé il a fait le malade toute la journé et le soir il dit a la dame qu'il va mieu qu'il va decendre pour souper elle s'en va il s'habile et part il prend le train a 6 heur arrive la dame monte pour le voir personne lit vide, alors on cherche partout jusque dans les grenier personne alor le patron envoi un pion a la gare la on lui dit que il est parti pour alençon le pion prend le train et le trouve a 4 heur
du matin se promenant a Alençon alor il l'arrete et le ramene au college ou il est actuellement. Je termine ces quelques ligne que je t envoi par un externe parsque le patron lit les lettres
Je t'embrasse comme je t aime ton neveux
Thomas Emile
Voici mon adresse
Monsieur Th Emile au collège de Sées Orne
Dit bien des choses pour moi a Marie parle de moi a Aline
Sées le 8 mai 1878
Ma bien cher tante
Je suis toujours a Sées dans cette Normandie; la mes jours ne sont guère heureux. la je continu a Boire du cidre, et a manger des lentilles et des aricots, voici ma triste existance, que je traine comme je peux. Si tu voulais me faire plaisir, tu pourrais aumoins m'envoyer de l'argent pour me procurer un peut de plaisir, au milieu d'une vie si triste avec le peut que tu m'enverais, je pourrais de temps en temps manger quelque chose avec mon pain. dans cette Normandie, la ou je ne connais personne, que les jeunes gens du clollege, et ou une fois entré je ne puis en sortire c'est apeuprès, dans le genre des Carmelittes, qui sont enfermé dans
dans leur cloitre, et prie au fond de leur céllules, de même moi je suis isolé de mes parents, et enfermé dans un espèce de cloitre, ou je me retire au fond d'une étude pour travailler. Maintenant, c'est un peut plus gaix cependant parsqu'il y a trois arbres dans la cour, et ils sont en feuille, mais voila tout ce qui peut nous récréé dans ce triste séjour. aie donc la bonté, cher tante de vouloir bien m'envoyer quelque chose en consécance de paque, et afin de pouvoir ne pas manger mon pain sec comme je le fais habituellement
adieu cher tante, je t'embrasse autant que je t'aime
Ton petit fils
Thomas Emile
Dit bien le bonjour a Ma Cousine et dit lui bien des choses de ma part
Sées le 18 juin 1878
Chère tante
J'aurai désirer te donner plus tôt de mes nouvelles, mais je te pris de vouloir bien m'excusé car j'aie été attind de la rougole, maladie pas très grave, cependant assez pour me tenir au lit pendant la quinzaine. maintenant le medecin me permet de me lever aujourd'hui, je m'empresse de te donner de mes nouvelle. J'aie parfetement recu tes deux lettres. mais je dois te le dire j'aie du t'envoyer deja une lettre ou deux, mais je ne me rappelle pas bien. Les vacances de la Pentecote se sont passé bien triste pour moi, car je suis rester au lit. me voila donc apeuprès gueri. j'espère aller faire un petit tour a Cluny, il commence a faire beau dans la Normandie. Quand j'irais a Cluny, tache, de me préparé quelques bouteilles de bon vin pour me faire passé le gout de cidre aigrelet Dont je n'aie pas encore pu m'habitué a boire.
a bientot de tes nouvelles
Je t'embrasse ton oncle Thomas Emile
Sées le 27 juillet 1878
Chère Virgini
Voici bientot La Distribution des Prix, je sais qu'il est inutile qu'on t'envoi des lettres d'invitation parsque tu ne serais pas venu. Je vais aller a Paris, je resterais au moins pendant tout le mois d'août et peut être bien pendant toutes les vacances, en tous cas si je ne vais pas a Cluny je pense bien a toi ainsi qu'a Marie, mais excuse moi si je ne t'écris pas plus souvent, je suis pauvre comme Job je n'es qu'un sous dans ma poche, au moment ou je t'écris il faut que j'emprunte, parce que, tout l'argent que mon frère me donne je le remet au principale pour avoir un morceau de viande tous les matins, ce qui me fortifi beaucoup mais souvient toi que je pense bien a vous tous ; et aux petite Alise (et surtout Marie en a tu des nouvelles sais tu ce qu'elle fait, je voudrais bien savoir si elle vas venir au mois d'août ou de septembre.) J'espère que tu m'en parleras sur ta prochaine
Lettre, Songe que j'aie bientôt 18 ans âge ou je dois songés a mes affaires, attendu que mon frère peut d'un moment a l'autre me mettre sur les dents, me voila sur le point de gagnier ma vie. Ainsi cher Tante, j'espère allés te voir bientôt de tire mon affection et te prouvés ma reconnaissance a bientôt
Je t'embrasse
ton Oncle
Thomas Emile
P.S. Voici mon adresse après le 6 aout c'est a dire une fois sortie du clollege et de la Normandie que je haie de tout mon coeur.
M E. T. à l'hospice
de Bicetre
Paris Seine
Cluny le 6 septembre 1878
Ma cher Tante
Je suis très contant de ces quelques pêches que tu m'as envoyer, je regrette sincerement de ne pouvoir t'en temoignier ma reconnaissance en allant te voir mais helas je ne puis. Je crois parfaitement avoir compris ce que Mademoiselle Marie a voulu dire ! (puisque je suis considérér comme etant etranger a votre maison). Je vois, avec peine comment les parents recoivent leurs enfants et surtout quand ils sont orphelin et bien chère Tante soit persuadé d'une chose c'est que quand on dit des choses comme Marie m'en a dit l'autre jour, e bien donc je me considère comme ayant du cœur or ma conscience me defend de retournés à
Argerot. On m'as pourtant bien dit de ne pas y retourné, mais sois bien persuade que j'y suis retourné a cause de toi, mais maintenant c'est fini je ne peut aller dans une maison que je n'ose pas applé ma famille, (la preuve c'est qu'on me considère comme etant etranger. Je suis bien painé pour toi cher tante mais j'y suis obligé, d'autant plus qu'elle fait tous ce quelle peut pour me mettre en tort avec tout le monde. Je ne sais pas ce qu' elle a put dire de moi a ces dames qui sont la haut, mais je suis sure qu'elle a parlé de moi et en mal. donc ca me fait beaucoup de paine d'entendre des choses semblables et de te les dire mais enfin je m'y vois obligé.
Adieu cher tante
Je t'aime toujours
ton petit fils
Thomas Emile
Copie du testament de Frédéric THOMAS en date du 18 août 1877
(très important pour comprendre la suite de l'histoire...)
Je donne et lègue à Marie Dailly née le premier janvier mil huit cent soixante seize à Paris rue St Jacques 195, ainsi que l'enfant qui va naître incessamment au même lieu tous deux enfants de Marie Dailly ci-devant couturière à Cluny, et dont je me reconnais le père, tous les biens immeubles et meubles que je laisserai.
La tutelle des biens échoira à la mère ci-avant désignée, et elle en aura la jouissance, jusqu'à la majorité des enfants ci-dessus, à cette époque si les enfants revendiquent leurs droits, ils devront faire à eux deux à leur mère une pension de cinq cent cinquante francs.
Lettres Frédéric THOMAS à sa tante Virginie BLANC-FLEURET
Ma chère Tante
J'allais t'écrire au moment où j'ai reçu ta lettre. Trois jours après mon arrivée à Paris j'ai été atteint d'une angine qui m'a rendu très malade J'ai du garder le lit de nouveau. Aujourd'hui je suis à peu près complètement rétabli, j'ai repris mes habitudes comme auparavant. Tu dois comprendre que je n'ai fait aucune
course, n'ayant pu seulement m'occuper de mes propres affaires. Je ne puis donc te donner des nouvelles de Mlle Parsevol. Je me propose néanmoins d'aller la voir la première fois que j'irai du côté de la rue Magnan. Je ne savais rien du changement de l'Ecole de Cluny aussi je suis très ennuyé. Les professeurs partis il ne manquera pas des logements à Cluny et j'ai bien peur de voir bientôt notre maison inoccupée. La vente en est donc urgente. J'ignorais également que Raverot eut cédé
son bail à Bonnetain. Il ne m'a pas demandé mon consentement à ce sujet. Il fait à Paris un temps abominable depuis quelques jours il fait froid, il pleut continuellement on est obligé de reprendre les effets d'hiver. Émile est avec moi en ce moment; je l'ai retiré de l'institution Cibot. Je le fais travailler : chaque jour je lui donne une leçon. Il n'avance guère; je ne sais pas si je pourrai en faire un pharmacien.
Encore une mort parmi les internes. Un de mes anciens collègues de Bicêtre vient d'être emporté par un érysipèle contracté
au service.
Je n'ai chargé personne de la location de la maison d'Argerot par une bonne raison c'est que je n'ai jamais eu l'intention de la louer. N'ayant plus Argerot je ne vois plus où nous pourrions loger ce qui nous reste.
Au revoir ma chère tante, embrasse là-bas toute la famille comme je t'embrasse moi-même
Thomas
30 avril 1879
30 avril 1879
11 9bre 1879
Ma chère Tante
Je viens de passer mon examen à l'école de médecine : je suis reçu. Je suis très heureux de t'annoncer ce résultat : c'est le second succès de cette année. Me voilà donc sur la pente qui mène au doctorat; encore un peu de patience et de travail et j'atteindrai le bût que je me proposais depuis si longtemps. Je ne sais comment je vais m'y prendre, et de quelle façon je vais disposer mon temps pour faire tout
le travail que je me suis tracé que de choses à apprendre ! que de caps à traverser. Je ne perds pas courage, j'ai confiance en moi-même, je crois avoir lassé cette fois la mauvaise fortune. Je ne me dissimule pas les dangers de la lutte et les écueils que je vais trouver sur mon chemin, mais j'essaierai et j'ai l'espoir de dormir un jour sur de bonnes positions conquises.
Je n'ai pas eu jusqu'à aujourd'hui une seule minute pour m'occuper de moi-même et de mes affaires. Demain je tâcherai de trouver un instant pour commencer la note de Madame Aucaigne.
Jusqu'ici j'ai couru au plus pressé Quant aux racontars que l'on peut débiter sur mon compte, je suis trop au-dessus pour m'en inquiéter. Il en est de ce bruit comme de celui qui consiste à faire croire que j'ai écrit à une ouvrière. je n'ai écrit à personne, n'ayant pas le temps de faire de la correspondance platonique; ce n'est du reste plus de mon âge ni de mon tempérament. Tu peux être rassurée à ce sujet.
Émile vient à l'hôpital tous les dimanches. Il a passé ici ses deux jours de congé pour la Toussaint. Je suis assez content de lui, il travaille, mais j'ai bien peur que ce ne soit trop tard.
Que devenez-vous à Argerot ? Voici la mauvaise saison, la boue, la pluie, le froid... J'entends la bise souffler à travers les portes. Hélas ! je me rappelle le temps où je passais ma soirée au coin du feu à causer avec ceux qui ne sont plus ! ...
Je ne m'aperçois guère que je suis à Paris : en dehors de l'Ecole, de l'hôpital, de ma chambre et de mes livres, je suis étranger à tout ce qui se passe autour de moi. Néanmoins je tâcherai de trouver quelques instants pour faire ta commission à Melle Provensal.
Je n'ai pas encore eu le temps de regarder pour te dire si la haie du jardin est mitoyenne, je te le dirai dans ma prochaine lettre.
Au revoir ma chère tante, embrasse pour moi mon grand père, ma gd mère, Marie et Alice.
Je t'embrasse Thomas
Je t'embrasse Thomas
Remercie Philippe de son souvenir
1er Décembre 1879
Remet la lettre ci-jointe à Marie
Ma chère Tante
Je n'ai pu jusqu'ici trouver un instant pour t'écrire : toujours quelque affaire nouvelle, toujours des dérangements. En plus une complication inattendue : la grippe, qui m'a retenu quelques jours au lit.
Je te remercie beaucoup de tes bonnes pensées et je suis heureux de voir tes craintes au sujet de la rigueur de l'hiver : sois rassuré j'ai su depuis longtemps
me mettre à l'abri du froid car c'est l'ennemi que je redoute le plus, j'ai trouvé le moyen de faire du feu a bon marché et je puis travailler longtemps sans avoir la chair de poule. Je n'ai donc pas eu besoin d'acheter une chancelière. Je ne t'en suis pas moins reconnaissant et de ton excellente idée
J'ai fait le rapport des objets disparus à Argerot je l'ai détaillé. Il a été envoyé à Mr Aucaigne qui l'a remis à Joanny. Je ne sais plus rien à ce sujet, j'attends une réponse chaque jour.
Emile est toujours à Passy. J'ai reçu avant hier la note
pour le trimestre (1er xbre 79 au 1er mars 1880) la voici
Pension brute-----------420
Literie--------------------- 30
-------
450
En plus porte brisée
bain et savon
raccommodage 19,25
fête de St Clou
Total ------169,85
Maintenant j'ai à ajouter les 2 repas qu'il prend chaque
dimanche à la Salpétrière
l'achat d'un pardessus
d'un pantalon
de sabots et chaussons et argent pour lui.
Bref : Depuis le 1er 7bre époque à laquelle il est entré en pension, j'ai eu à débourser 1155 francs, 40
Il est vrai que sur cette somme il y a l'achat de chemises et de chaussettes. Néanmoins je sens qu'il m'est impossible de le laisser dans cette pension au delà du mois de mars car je ne pourrais plus payer. J'ai touché jeudi dernier l'argent de mon Prix Menier, j'ai été obligé de lui donner presque tout. Je ne serais pas faché d'avoir votre avis à ce sujet. Qu'en pensez-vous ?
Au revoir ma chère tante embrasse pour moi mon grand père ma grand mère Marie et Alice comme je t'embrasse moi-même
Thomas
13 Février 1880
Ma chère Tante
La meilleure excuse que je puisse donner de mon silence est la maladie qui m'a forcé de garder le lit près de deux semaines. J'ai eu une bronchite capillaire qui m'a fortement malmené, aujourd'hui encore, quoique ayant repris mes occupations, je suis sur mes gardes et je me soigne. J'espère bien néanmoins être complètement sur pied dans quelques jours et pouvoir sortir ma cuirasse de coton. Il fait ici un temps abominable il pleut continuellement, il fait froid, aussi que de malades ! Les hopitaux
sont encombrés; on compte à la salpêtrière 14 à 20 décès par jour. A la Pitié on a été obligé de placer entre les lits des brancards pour recevoir les nouveaux arrivants. Si vous avez à Cluny un dégel aussi désagréable, vous ne devez pas aller souvent à la ville. Ce pauvre Argerot doit être complètement isolé.
Que te dirai-je de moi ? Mon existence quoique bien remplie est cependant bien monotone. Me lever à 2 h 1/2, me coucher à 1 heure et n'avoir pas un seul moment à moi. Aussi par moments je me fatigue et il me prend des accès de découragement : je vois tout en noir, j'ai peur en voulant aller trop haut de mourir de ma propre chute. Pourquoi l'ambition m'a-t-elle mordu au talon ? pourquoi ne me suis-je pas contenté de faire comme la plupart : travailler juste assez pour gagner ma vie et faire quelques économies. C'est dans un de
ces moments d'ennui que j'ai failli partir dans les Indes. On m'offrait Dix mille francs par an pour surveiller des plantations de quinquina et faire le titrage des écorces; on exigeait un engagement de dix ans. J'ai longtemps hésité et enfin je suis resté ici, espérant arriver dans quelques années à une position qui me permette d'être tranquille et de rattraper rapidement l'argent que m'auront couté mes études.
J'ai envoyé la liste des objets qu'à pris Madame Aucaigne. Je n'en ai pas encore fait l'estimation. Dans quelques jours je pense être à même de pouvoir envoyer à J. Aucaigne le total de ce qui nous est dû.
Je ne sais que faire à propos d'Émile. La situation est très
embarrassante, aussi je n'ai encore trouvé aucune solution. A la fin de ce mois-ci le trimestre expire et il faudra que je donne de nouveau 450 à 500 f. Que faire ? Il veut avoir son diplôme de grammaire pour être pharmacien de 2e classe. Mais je ne sais quand il pourra l'obtenir. Il ne veut pas faire un métier manuel, ni entrer dans le commerce. Enfin que faire ? Je suis dans la position la plus ennuyeuse qu'on puisse imaginer. D'un autre côté j'ai des inquiétudes sérieuses au sujet de la maison de Cluny. Le percepteur de Chateau veut partir. Pignal exige une diminution sensible de son loyer sans quoi il quittera. Impossible avec cela de la vendre; Les réparations sont urgentes ............ bref ennuis sur ennuis .......
Adieu ma chère Tante, embrasse pour moi tout le monde là-bas comme je t'embrasse moi-même
Thomas
Ma chère tante
je suis débordé en ce moment par le travail: je n'ai pas une minute à perdre. N'attribue pas mon silence à une autre cause. Je me hâte pour terminer le plus tôt possible; je commence à me lasser de cette vie d'ennuis et d'inquiétudes continuels. Je te renvoie la lettre
que tu m'avais communiquée; j'ai remis à Émile le mot que tu lui as écrit. Il va bien, il est toujours à la Salpêtrière avec moi. Les affaires vont mal à Cluny; j'ai bien peur que la maison ne puisse se vendre et qu'il m'arrive un jour de la voir sans locataires; Laurain n'a pas fini de payer, je vais lui écrire à ce sujet. Il se plaignait du voisinage de Raverot qui aurait détérioré le chemin de la terre de la Gremoule, chemin qui établit la communication entre la terre du grand trou et la ferme.
J'ai prié Raverot de vouloir remettre de suite les choses en place. Il m'a répondu que loin d'abîmer le chemin il l'avait réparé. Laurain affirme le contraire que croire ?
Je ne sais quand je pourrai aller à Cluny, il m'est impossible de fixer même une date a peu près. Peut-être irai-je au mois d'août, peut-être au mois de 7bre ou en octobre, peut-être (et c'est la probabilité la plus grande) ne prendrai-je pas de vacances du tout. Ce n'est pas sans regret que je verrai revenir l'automne sans pouvoir profiter de la campagne? Mais il faut que je songe au positif; les distractions passeront après.
Je n'ai pas compris l'apologue au sujet des mois de nourrice que j'ai payés. Je voudrais bien pouvoir me dispenser de manger et surtout de manger en double; je trouve en effet que les mois de nourrice se chiffrent d'une façon assez élevée.
J'ai un collègue, pharmacien très distingué et étudiant en médecine qui vient de mourir en quatre jours d'une fièvre typhoïde.
Au revoir ma chère tante. Embrasse là-bas tout le monde pour moi
Thomas
18 juin 1880
Si tu vois Prosper Monmer tu lui annonceras que Crecy est mort
Ma chère Tante
J'ai une bonne nouvelle à t'annoncer : j'ai passé mardi dernier un examen à l'Ecole de médecine avec une excellente note. J'espère, s'il ne m'arrive rien être bientôt docteur. Cependant je suis encore indécis et ne sais si je dois me hâter de
terminer ma médecine ou bien reprendre mes études de sciences physiques que j'ai été obligé de négliger. J'ai besoin de consulter à ce sujet plusieurs personnes qui pourront me conseiller sagement.
Je ne sais pas encore si je pourrai aller à Cluny pendant ces vacances; bien des motifs m'empêchent de prendre du repos, quoique cependant j'en aie besoin.
Paris a eu sa grande fête du 14 juillet. J'ai été étonné de la façon admirable dont ce grand peuple a celebré l'aurore
de sa liberté. Jamais je n'ai vu tant de milliers de personnes et tant de calme. Que de drapeaux, que de décorations ! Les rues n'étaient qu'une forêt verte et lumineuse, Paris n'était qu'une immense féérie
Les Clunysois auraient bien fait de s'inspirer de la fête parisienne pour rendre plus éclatante la leur du 1er Août.
Qu'y a-t-il de nouveau à Cluny ? Comment se fait-il que C. Martin n'ait plus son épicerie centrale ? Je crois t'avoir annoncé que le fils de Mr Gosset le professeur qui logeait chez Mr Monmer était mort. Je ne sais si je t'ai dit que j'ai vu le fils de Devif le serrurier il y a quelque temps.
Je l'ai rencontré par hasard au moment où j'entrais à la Charité Il était malade et n'avait pu être accepté à l'hopital. Je l'ai fait recevoir à la Pitié le jour même et il y resta quelques temps. Il doit être rétabli complètement.
Au revoir ma chère tante embrasse pour moi tout le monde là-bas
Thomas
26 juillet 1880
7 xbre (1881)
Dans ta caisse tu trouveras de l'Etoffe que tu feras porter chez Billard pour recouvrir mes fauteuils
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Ma chère Tante
J'aurai bien voulu pouvoir t'écrire plus tôt mais je n'ai pas un moment à moi depuis quelques jours. Je suis absorbé et je ne sais où donner de la tête pour aller au plus pressé ! Il m'est un peu difficile de te dire au juste ce que tu as ne t'ayant pas examinée. D'après les renseignements que
tu me donnes je crois que tu as un ulcère simple de l'estomac ou une gastrite. Que ce soit l'une ou l'autre de ces affections il ne faut pas t'en épouvanter : on guérit toujours lorsqu'on se soigne. Ne songe pas à un cancer de l'estomac, il ne débute pas ainsi et on n'observe pas les mêmes symptomes.
Tu devras t'abstenir de boire aucune liqueur alcoolique tu mangeras très peu ou même pas du tout. Tu te mettras au régime lacté, c'est à
dire que tu ne te nourriras que de lait pris sous toutes ses formes pour ne pas t'en dégouter. Lait froid, lait chaud, lait sucré ou salé enfin lait en quantité suffisante pour te nourrir. Deux litres trois et plus par jour, si c'est nécessaire. C'est le seul moyen de te guérir et tu guériras assurément. Je sais bien que ce genre d'alimentation n'a rien d'agréable, mais il faut que tu t'y résignes pour le moment. Tu pourras prendre un peu de vin de Bagnols ou de Malaga ou du vin vieux de
Bordeaux, mais en petite quantité. Si tu as des douleurs épigastriques prends une demie cuillerée à bouche de sirop de morphine. Dans la nuit si tu es réveillée par le mal ou si tu avais de l'insomnie, avant de te coucher ou dans la nuit au moment de ton réveil, une pilule d'extrait thébaïque de cinq centigrammes. Ne prendre le sirop de morphine ou les pilules que de temps en temps pour ne pas t'y habituer. Dans tous les cas tranquillise toi, soigne toi et tu gueriras assurement.
Ta caisse est partie depuis environ huit jours. je n'ai pu y mettre des choses liquides de peur de tacher tes affaires en cas d'accident. Tu y trouveras deux paquets contenant chacun du thé et du café, l'un pour toi et l'autre pour ma grand mère.
Je suis allé chez deux bandagistes avec le Dr de Louzenhagen afin de faire confectionner un bandage.
En présence du nombre de hernies et de leur étendue il faudrait tout un appareil très compliqué, embrassant
tout le bassin. Il faudrait donc pour ainsi dire un moulage, ce qui n'est pas possible, mon grand père n'étant pas là. Je m'informerai encore auprès des gens du métier et je verrai si l'on pouvait trouver un biais.
Au revoir ma chère tante, a bientôt de tes nouvelles. Embrasse pour moi mon grand père et ma grand mère
Thomas
Quand mon grand père n'aura plus de charbon tu me préviendras.
Ma chère Tante
Je t'envoie à la hâte les souhaits que je fais pour ton prompt rétablissement.
Suis le régime que je t'ai indiqué. Abstiens toi de liqueurs fortes et bois du lait.
Quant au sirop de morphine, il est absolument indifférent que tu le prennes avec ou sans eau, c'est toi même qui peut être le meilleur juge. Dans l'un ou l'autre cas l'effet est le même.
Au revoir ma chère
tante, je t'embrasse de tout cœur
Thomas
31 xbre 1881
(Courrier non daté mais probablement début de 1882)
Ma chère Tante
Il m'a été impossible de t'écrire hier. J'ai en ce moment du travail par dessus la tête. J'ai reçu comme tu le sais la visite de madame Prost qui m'a remis la lettre et les boucles. je ne saurais trop te remercier de ce très beau cadeau qui me fait le plus grand plaisir. Je suis enchanté de la chaine et sois assurée que je n'en aurai jamais d'autre.
Je la conserverai précieusement d'abord parce qu'elle me vient de toi, ensuite parce que tu y tenais beaucoup ayant appartenu à Mr Fleuret.
J'ai écrit à Julien Simyan pour lui recommander de te donner tous ses soins. J'attends une lettre de lui. Je pense qu'il ne tardera pas à me répondre.
Seulement je t'en prie ne te mets pas martel en tête. Tu as une gastrite, par conséquent une maladie qui guérit, ne te laisse donc pas abattre et réagis contre le mal. Nourris toi autant que possible,
alterne ta nourriture; quand tu seras dégoutée du lait, prends du bouillon dégraissé. Tu fais très bien de faire usage du sirop de quinquina : deux ou trois cuillères à bouche par jour au moment de manger (un quart d'heure avant). Si tu le peux, s'il fait beau promène toi en ayant bien soir de ne pas te fatiguer.
En un mot traite toi comme un convalescent qu'il faut remonter petit à petit et soutiens toi autant que possible.
Comme le bouillon est très peu nourrissant, je te conseille de délayer dedans un jaune d’œuf. Tu peux incorporer l’œuf débarrassé de son blanc au moment où ton bouillon
est chaud et ensuite laisser refroidir.
Si à certains moments tu as des crises qui ne te permettent pas de manger comme il faut pour te nourrir, délaye deux jaunes d’œuf dans une petite quantité d'eau et prends avec ce mélange un lavement que tu tâcheras de garder. Tu y parviendras en mettant un peu d'eau.
Ce qu'il faut c'est user la maladie en te conservant tes forces et tuer la douleur. Si c'était possible, au moment des grandes crises, pour remplir ce dernier bût, tu te ferais faire sur la région épigastrique une piqure de morphine (un quart de seringue d'une solution de morphine au trentième). Dans les intervalles où tu ne souffres pas abstiens toi de prendre de la morphine. Du reste Julien qui a de l'expérience et qui connait bien
son métier pourra mieux que personne te donner des soins intelligents.
J'insiste cependant particulièrement sur la question qui touche à ton état nerveux, facilement impressionnable, éloigne tout souci : ne te préoccupe que de ta santé et tiens pour certain que tu guériras.
J'aurais pourtant bien voulu aller jusqu'à Cluny pour vous voir mais je ne puis m'absenter une heure : chaque minute est réglée; je ne puis même trouver le temps de travailler pour moi. Pourtant il est temps. Mon 1er doctorat a absorbé depuis mon arrivée mes jours et mes nuits en grande partie; naturellement je suis beaucoup en retard pour ce qui a trait
au nouveau plan d'étude que tout le monde me conseille, en particulier mon chef Degraeve dont je t'envoie la dernière lettre. Tu verras ce qu'il me dit, je crois qu'il a raison. Ce qui n'empêchera pas que 1882 me verra Docteur coute que coute. Le plus difficile est enlevé; je puis dire que des cinq doctorats et de la thèse le premier examen peut bien compter pour la moitié du tout à lui seul.
Naturellement, comme tu l'as pensé, la question urgente est la question des piastres et je ne saurais trop te dire tous les calculs que j'ai fait pour pouvoir établir mon budget pour 1882.
Il faut que je passe d'ici les vacances mes 4 derniers de doctorat et ma thèse.
Il faut en outre que j'en termine avec la pharmacie
4 examens de doctorats (à 100 fr) = 400
Thèse consignation 300---------------600
imprimé 300 ----------
1000
Pharmacie
2 définitifs à 120 f 240
Thèse consignation,
impression, des exemplaires 650
----------
890
Total 1890 f Brut, sans compter tous les faux frais qu'entrainent avec eux les examens et qui à la fin font un compte.
Avec cela il faut vivre
il faut se vêtir etc.................
Défalcation de l'impôt j'ai environ 1300 fr de revenu.
Tu vois mon embarras.
J'ai beau aller à l'économie, travailler comme une corde, porter éternellement les mêmes habits et ne jamais mettre les pieds dans un café, il est clair que quand j'aurai mis en balance ce que j'ai à dépenser et ce que j'ai à recevoir je dois avoir cette année un passif brut de 500 f environ sans comprendre ce qui me sera indispensable pour les premiers besoins de l'existence.
Voila ce que me couteront mes deux diplômes.
Je n'ai pas bien entendu à entrer dans l'état de mes comptes antérieurs des années
précédentes et à me justifier des imbécillités calomnieuses de Mr mon frère.
Je suis à Paris depuis le commencement de 1876 ce qui fait 6 ans.
En 6 ans j'ai fait
Trois années d'Ecole de pharmacie
Quatre années d'Ecole de médecine
Été reçu interne des hopitaux
Été lauréat (prix Ménier)
Été lauréat des hopitaux (médaille d'argent)
Subi cinq examens semestriels à l'Ecole de pharmacie
Subi à l'Ecole de médecine
les trois examens de fin d'année
le 1er doctorat
Je crois que je n'ai guère eu le temps de faire autre chose.
Quant à ma prétendue
ruine et aux folles dépenses que j'ai faites Voici mon bilan
pris 16 inscriptions à l'école de médecine à raison de 32 f 50 l'une
pris 12 inscriptions à l'école de pharmacie à raison du même prix 32 f 50
passé 5 semestriels à l'école de pharmacie à raison de 30 f 50
passé 3 fins d'année à l'école de médecine à 30 f 50
passé 1er doctorat 100 f
Avec cela l'achat de mes livres : j'en ai environ pour 1900 f
De mes instruments environ pour 350 f
J'ai pourvu à ma nourriture et à mon entretien.
J'avais 1300 f de rente sans compter réparations etc. ce qui la diminuait de beaucoup
En 1876 j'ai eu à ma part, après le paiement de tous les frais le ridicule revenu d'environ 200 f.
Et mes voyages à Cluny.
Bref avec cela j'ai à peu près 4500 f de dettes au maximum. Je crois que je n'ai pas été trop vite. S'il te restait encore quelques doutes tu pourrais juger par les chiffres ce que j'ai eu par an à dépenser.
Je reviens au présent :
J'ai donc 1900 f à sortir de ma poche pour en finir avec mes études. Comment faire ? J'ai bien un moyen mais il est peu avantageux car il me fera perdre beaucoup de temps.
Je pourrais entrer au laboratoire municipal de la Ville de Paris comme inspecteur expert, ce qui me procurerait 150 f par mois, mais j'aurais la moitié de ma journée prise ce qui me retarderait beaucoup pour mes examens. il est évident que dans ces conditions je devrais dire adieu au concours n'ayant plus assez de temps pour le préparer
Ce qui m’exaspère ensuite dans cette solution c'est la pensée de perdre le fruit de tant de travail et d'arriver simple docteur comme le premier venu.
Que faire ? Il faudra peut être bien que j'accepte cet état, la faculté n'étant
pas disposée à me faire crédit sur ma bonne mine.
D'autre part je tiens à ce que je possède et je ne veux rien vendre de ce que j'ai; je préférerais attendre pour payer mes frais d'examens que j'aie fait des économies sur les modestes appointements que me ferait le laboratoire.
Telle est donc la situation vraie et rigoureuse, situation difficile surtout au moment où l'avenir s'ouvre devant moi avec les espérances du succès.
J'ai profité d'une heure de tranquillité pour t'écrire ces quelques pages,
tu vois que quand je ne t'écris pas ce n'est pas par mauvaise volonté de ma part.
Au revoir ma chère Tante, embrasse pour moi mon grand père et ma grand mère comme je t'embrasse moi-même de tout cœur
Thomas
Madame Prost m'a chargé de te dire bien des choses.
Dans ta prochaine lettre renvoie moi la lettre de Degraeve.
(Lettre non datée, peut-être d'octobre 1882)
Ma chère Tante
Le concours est terminé et mes prévisions étaient fondées, pour surcroit j'avais un jury qui m'était totalement hostile. Néanmoins je suis enchanté, non du résultat mais de la valeur de mes épreuves qui ont été bonnes. Assurément je ne pouvais m'attendre à une telle homogénéité hostile et j'ai pu voir jusqu'où pouvaient aller les querelles d'école.
Je vais maintenant terminer médecine et pharmacie : c'est le plus pressé, puis je verrai si je dois m'installer ou préparer le prochain concours.
Je ne sais guère ce qui se passe autour de moi. Depuis trois mois je n'ai pas lu le journal, j'ai vécu absolument comme un loup.
J'aurais voulu pouvoir aller en vacances et me reposer un peu car j'en ai grand besoin, mais le moment n'est pas encore arrivé : je vais me hâter d'en finir avec la faculté.
Y a-t-il quelque chose de nouveau à Cluny ? Depuis longtemps je ne reçois
de nouvelles que celles que tu m'envoies.
Comment vont mon grand père et ma grand mère ? Sont-ils toujours à Argerot ? Fait-il aussi mauvais à Cluny qu'ici ? Nous n'avons pas un seul jour sans pluie.
Au revoir ma chère tante, embrasse mon grand père et ma grand mère comme je t'embrasse moi-même
Thomas
(Sans date, assurément du 25 octobre 1882)
Nancy
Un mot à la hâte
Il faut que le 9 courant je sois à Alger pour un concours important qui m'assurera une bonne position si je réussis à mener cette affaire.
Il faut que j'aie mon diplôme de pharmacie et l'Ecole de Paris n'est ouverte que le 8. J'ai
télégraphié à l'Ecole de Nancy qui m'a répondu qu'à partir du 3 on pouvait passer le concours définitif. Je suis parti aussitôt et le 3 je vais passer. Il faut que je consigne demain jeudi à 10h sinon c'est fini j'aurai fait un voyage inutile et ma situation est manquée
Mr Broyer n'a donc pas reçu ma dépêche hier, mardi à ma lettre. Je n'y comprends rien.
Une heure de retard d.... (?) détruit tous mes projets
Au revoir ma chère tante je t'embrasse
Thomas
(sans date, assurément 7 novembre 1882)
Lyon 7 h 1/2 matin
Je suis parti de Paris hier soir par le rapide, une heure après mon arrivée de Nancy. J'ai mon diplôme dans ma poche.
Il me faut encore deux mois pour avoir terminé complètement ma médecine
Je t'embrasse de tout cœur
Thomas
Embrasse pour moi mon grand père et ma grand mère
Nous repartons de suite
Mon cher Emile
1er Décembre 1879
Remet la lettre ci-jointe à Marie
Ma chère Tante
Je n'ai pu jusqu'ici trouver un instant pour t'écrire : toujours quelque affaire nouvelle, toujours des dérangements. En plus une complication inattendue : la grippe, qui m'a retenu quelques jours au lit.
Je te remercie beaucoup de tes bonnes pensées et je suis heureux de voir tes craintes au sujet de la rigueur de l'hiver : sois rassuré j'ai su depuis longtemps
me mettre à l'abri du froid car c'est l'ennemi que je redoute le plus, j'ai trouvé le moyen de faire du feu a bon marché et je puis travailler longtemps sans avoir la chair de poule. Je n'ai donc pas eu besoin d'acheter une chancelière. Je ne t'en suis pas moins reconnaissant et de ton excellente idée
J'ai fait le rapport des objets disparus à Argerot je l'ai détaillé. Il a été envoyé à Mr Aucaigne qui l'a remis à Joanny. Je ne sais plus rien à ce sujet, j'attends une réponse chaque jour.
Emile est toujours à Passy. J'ai reçu avant hier la note
pour le trimestre (1er xbre 79 au 1er mars 1880) la voici
Pension brute-----------420
Literie--------------------- 30
-------
450
En plus porte brisée
bain et savon
raccommodage 19,25
fête de St Clou
Total ------169,85
Maintenant j'ai à ajouter les 2 repas qu'il prend chaque
dimanche à la Salpétrière
l'achat d'un pardessus
d'un pantalon
de sabots et chaussons et argent pour lui.
Bref : Depuis le 1er 7bre époque à laquelle il est entré en pension, j'ai eu à débourser 1155 francs, 40
Il est vrai que sur cette somme il y a l'achat de chemises et de chaussettes. Néanmoins je sens qu'il m'est impossible de le laisser dans cette pension au delà du mois de mars car je ne pourrais plus payer. J'ai touché jeudi dernier l'argent de mon Prix Menier, j'ai été obligé de lui donner presque tout. Je ne serais pas faché d'avoir votre avis à ce sujet. Qu'en pensez-vous ?
Au revoir ma chère tante embrasse pour moi mon grand père ma grand mère Marie et Alice comme je t'embrasse moi-même
Thomas
13 Février 1880
Ma chère Tante
La meilleure excuse que je puisse donner de mon silence est la maladie qui m'a forcé de garder le lit près de deux semaines. J'ai eu une bronchite capillaire qui m'a fortement malmené, aujourd'hui encore, quoique ayant repris mes occupations, je suis sur mes gardes et je me soigne. J'espère bien néanmoins être complètement sur pied dans quelques jours et pouvoir sortir ma cuirasse de coton. Il fait ici un temps abominable il pleut continuellement, il fait froid, aussi que de malades ! Les hopitaux
sont encombrés; on compte à la salpêtrière 14 à 20 décès par jour. A la Pitié on a été obligé de placer entre les lits des brancards pour recevoir les nouveaux arrivants. Si vous avez à Cluny un dégel aussi désagréable, vous ne devez pas aller souvent à la ville. Ce pauvre Argerot doit être complètement isolé.
Que te dirai-je de moi ? Mon existence quoique bien remplie est cependant bien monotone. Me lever à 2 h 1/2, me coucher à 1 heure et n'avoir pas un seul moment à moi. Aussi par moments je me fatigue et il me prend des accès de découragement : je vois tout en noir, j'ai peur en voulant aller trop haut de mourir de ma propre chute. Pourquoi l'ambition m'a-t-elle mordu au talon ? pourquoi ne me suis-je pas contenté de faire comme la plupart : travailler juste assez pour gagner ma vie et faire quelques économies. C'est dans un de
ces moments d'ennui que j'ai failli partir dans les Indes. On m'offrait Dix mille francs par an pour surveiller des plantations de quinquina et faire le titrage des écorces; on exigeait un engagement de dix ans. J'ai longtemps hésité et enfin je suis resté ici, espérant arriver dans quelques années à une position qui me permette d'être tranquille et de rattraper rapidement l'argent que m'auront couté mes études.
J'ai envoyé la liste des objets qu'à pris Madame Aucaigne. Je n'en ai pas encore fait l'estimation. Dans quelques jours je pense être à même de pouvoir envoyer à J. Aucaigne le total de ce qui nous est dû.
Je ne sais que faire à propos d'Émile. La situation est très
embarrassante, aussi je n'ai encore trouvé aucune solution. A la fin de ce mois-ci le trimestre expire et il faudra que je donne de nouveau 450 à 500 f. Que faire ? Il veut avoir son diplôme de grammaire pour être pharmacien de 2e classe. Mais je ne sais quand il pourra l'obtenir. Il ne veut pas faire un métier manuel, ni entrer dans le commerce. Enfin que faire ? Je suis dans la position la plus ennuyeuse qu'on puisse imaginer. D'un autre côté j'ai des inquiétudes sérieuses au sujet de la maison de Cluny. Le percepteur de Chateau veut partir. Pignal exige une diminution sensible de son loyer sans quoi il quittera. Impossible avec cela de la vendre; Les réparations sont urgentes ............ bref ennuis sur ennuis .......
Adieu ma chère Tante, embrasse pour moi tout le monde là-bas comme je t'embrasse moi-même
Thomas
Ma chère tante
je suis débordé en ce moment par le travail: je n'ai pas une minute à perdre. N'attribue pas mon silence à une autre cause. Je me hâte pour terminer le plus tôt possible; je commence à me lasser de cette vie d'ennuis et d'inquiétudes continuels. Je te renvoie la lettre
que tu m'avais communiquée; j'ai remis à Émile le mot que tu lui as écrit. Il va bien, il est toujours à la Salpêtrière avec moi. Les affaires vont mal à Cluny; j'ai bien peur que la maison ne puisse se vendre et qu'il m'arrive un jour de la voir sans locataires; Laurain n'a pas fini de payer, je vais lui écrire à ce sujet. Il se plaignait du voisinage de Raverot qui aurait détérioré le chemin de la terre de la Gremoule, chemin qui établit la communication entre la terre du grand trou et la ferme.
J'ai prié Raverot de vouloir remettre de suite les choses en place. Il m'a répondu que loin d'abîmer le chemin il l'avait réparé. Laurain affirme le contraire que croire ?
Je ne sais quand je pourrai aller à Cluny, il m'est impossible de fixer même une date a peu près. Peut-être irai-je au mois d'août, peut-être au mois de 7bre ou en octobre, peut-être (et c'est la probabilité la plus grande) ne prendrai-je pas de vacances du tout. Ce n'est pas sans regret que je verrai revenir l'automne sans pouvoir profiter de la campagne? Mais il faut que je songe au positif; les distractions passeront après.
Je n'ai pas compris l'apologue au sujet des mois de nourrice que j'ai payés. Je voudrais bien pouvoir me dispenser de manger et surtout de manger en double; je trouve en effet que les mois de nourrice se chiffrent d'une façon assez élevée.
J'ai un collègue, pharmacien très distingué et étudiant en médecine qui vient de mourir en quatre jours d'une fièvre typhoïde.
Au revoir ma chère tante. Embrasse là-bas tout le monde pour moi
Thomas
18 juin 1880
Si tu vois Prosper Monmer tu lui annonceras que Crecy est mort
Ma chère Tante
J'ai une bonne nouvelle à t'annoncer : j'ai passé mardi dernier un examen à l'Ecole de médecine avec une excellente note. J'espère, s'il ne m'arrive rien être bientôt docteur. Cependant je suis encore indécis et ne sais si je dois me hâter de
terminer ma médecine ou bien reprendre mes études de sciences physiques que j'ai été obligé de négliger. J'ai besoin de consulter à ce sujet plusieurs personnes qui pourront me conseiller sagement.
Je ne sais pas encore si je pourrai aller à Cluny pendant ces vacances; bien des motifs m'empêchent de prendre du repos, quoique cependant j'en aie besoin.
Paris a eu sa grande fête du 14 juillet. J'ai été étonné de la façon admirable dont ce grand peuple a celebré l'aurore
de sa liberté. Jamais je n'ai vu tant de milliers de personnes et tant de calme. Que de drapeaux, que de décorations ! Les rues n'étaient qu'une forêt verte et lumineuse, Paris n'était qu'une immense féérie
Les Clunysois auraient bien fait de s'inspirer de la fête parisienne pour rendre plus éclatante la leur du 1er Août.
Qu'y a-t-il de nouveau à Cluny ? Comment se fait-il que C. Martin n'ait plus son épicerie centrale ? Je crois t'avoir annoncé que le fils de Mr Gosset le professeur qui logeait chez Mr Monmer était mort. Je ne sais si je t'ai dit que j'ai vu le fils de Devif le serrurier il y a quelque temps.
Je l'ai rencontré par hasard au moment où j'entrais à la Charité Il était malade et n'avait pu être accepté à l'hopital. Je l'ai fait recevoir à la Pitié le jour même et il y resta quelques temps. Il doit être rétabli complètement.
Au revoir ma chère tante embrasse pour moi tout le monde là-bas
Thomas
26 juillet 1880
7 xbre (1881)
Dans ta caisse tu trouveras de l'Etoffe que tu feras porter chez Billard pour recouvrir mes fauteuils
----------------------------------------
Ma chère Tante
J'aurai bien voulu pouvoir t'écrire plus tôt mais je n'ai pas un moment à moi depuis quelques jours. Je suis absorbé et je ne sais où donner de la tête pour aller au plus pressé ! Il m'est un peu difficile de te dire au juste ce que tu as ne t'ayant pas examinée. D'après les renseignements que
tu me donnes je crois que tu as un ulcère simple de l'estomac ou une gastrite. Que ce soit l'une ou l'autre de ces affections il ne faut pas t'en épouvanter : on guérit toujours lorsqu'on se soigne. Ne songe pas à un cancer de l'estomac, il ne débute pas ainsi et on n'observe pas les mêmes symptomes.
Tu devras t'abstenir de boire aucune liqueur alcoolique tu mangeras très peu ou même pas du tout. Tu te mettras au régime lacté, c'est à
dire que tu ne te nourriras que de lait pris sous toutes ses formes pour ne pas t'en dégouter. Lait froid, lait chaud, lait sucré ou salé enfin lait en quantité suffisante pour te nourrir. Deux litres trois et plus par jour, si c'est nécessaire. C'est le seul moyen de te guérir et tu guériras assurément. Je sais bien que ce genre d'alimentation n'a rien d'agréable, mais il faut que tu t'y résignes pour le moment. Tu pourras prendre un peu de vin de Bagnols ou de Malaga ou du vin vieux de
Bordeaux, mais en petite quantité. Si tu as des douleurs épigastriques prends une demie cuillerée à bouche de sirop de morphine. Dans la nuit si tu es réveillée par le mal ou si tu avais de l'insomnie, avant de te coucher ou dans la nuit au moment de ton réveil, une pilule d'extrait thébaïque de cinq centigrammes. Ne prendre le sirop de morphine ou les pilules que de temps en temps pour ne pas t'y habituer. Dans tous les cas tranquillise toi, soigne toi et tu gueriras assurement.
Ta caisse est partie depuis environ huit jours. je n'ai pu y mettre des choses liquides de peur de tacher tes affaires en cas d'accident. Tu y trouveras deux paquets contenant chacun du thé et du café, l'un pour toi et l'autre pour ma grand mère.
Je suis allé chez deux bandagistes avec le Dr de Louzenhagen afin de faire confectionner un bandage.
En présence du nombre de hernies et de leur étendue il faudrait tout un appareil très compliqué, embrassant
tout le bassin. Il faudrait donc pour ainsi dire un moulage, ce qui n'est pas possible, mon grand père n'étant pas là. Je m'informerai encore auprès des gens du métier et je verrai si l'on pouvait trouver un biais.
Au revoir ma chère tante, a bientôt de tes nouvelles. Embrasse pour moi mon grand père et ma grand mère
Thomas
Quand mon grand père n'aura plus de charbon tu me préviendras.
Ma chère Tante
Je t'envoie à la hâte les souhaits que je fais pour ton prompt rétablissement.
Suis le régime que je t'ai indiqué. Abstiens toi de liqueurs fortes et bois du lait.
Quant au sirop de morphine, il est absolument indifférent que tu le prennes avec ou sans eau, c'est toi même qui peut être le meilleur juge. Dans l'un ou l'autre cas l'effet est le même.
Au revoir ma chère
tante, je t'embrasse de tout cœur
Thomas
31 xbre 1881
(Sans date mais début 1882)
Je t'envoie à la hâte avant le départ du courrier une bonne nouvelle : Je suis reçu à mon premier de doctorat avec une bonne note. C'est une bonne épine de moins
Je t'embrasse de tout cœur
Thomas
(Courrier non daté mais probablement début de 1882)
Ma chère Tante
Il m'a été impossible de t'écrire hier. J'ai en ce moment du travail par dessus la tête. J'ai reçu comme tu le sais la visite de madame Prost qui m'a remis la lettre et les boucles. je ne saurais trop te remercier de ce très beau cadeau qui me fait le plus grand plaisir. Je suis enchanté de la chaine et sois assurée que je n'en aurai jamais d'autre.
Je la conserverai précieusement d'abord parce qu'elle me vient de toi, ensuite parce que tu y tenais beaucoup ayant appartenu à Mr Fleuret.
J'ai écrit à Julien Simyan pour lui recommander de te donner tous ses soins. J'attends une lettre de lui. Je pense qu'il ne tardera pas à me répondre.
Seulement je t'en prie ne te mets pas martel en tête. Tu as une gastrite, par conséquent une maladie qui guérit, ne te laisse donc pas abattre et réagis contre le mal. Nourris toi autant que possible,
alterne ta nourriture; quand tu seras dégoutée du lait, prends du bouillon dégraissé. Tu fais très bien de faire usage du sirop de quinquina : deux ou trois cuillères à bouche par jour au moment de manger (un quart d'heure avant). Si tu le peux, s'il fait beau promène toi en ayant bien soir de ne pas te fatiguer.
En un mot traite toi comme un convalescent qu'il faut remonter petit à petit et soutiens toi autant que possible.
Comme le bouillon est très peu nourrissant, je te conseille de délayer dedans un jaune d’œuf. Tu peux incorporer l’œuf débarrassé de son blanc au moment où ton bouillon
est chaud et ensuite laisser refroidir.
Si à certains moments tu as des crises qui ne te permettent pas de manger comme il faut pour te nourrir, délaye deux jaunes d’œuf dans une petite quantité d'eau et prends avec ce mélange un lavement que tu tâcheras de garder. Tu y parviendras en mettant un peu d'eau.
Ce qu'il faut c'est user la maladie en te conservant tes forces et tuer la douleur. Si c'était possible, au moment des grandes crises, pour remplir ce dernier bût, tu te ferais faire sur la région épigastrique une piqure de morphine (un quart de seringue d'une solution de morphine au trentième). Dans les intervalles où tu ne souffres pas abstiens toi de prendre de la morphine. Du reste Julien qui a de l'expérience et qui connait bien
son métier pourra mieux que personne te donner des soins intelligents.
J'insiste cependant particulièrement sur la question qui touche à ton état nerveux, facilement impressionnable, éloigne tout souci : ne te préoccupe que de ta santé et tiens pour certain que tu guériras.
J'aurais pourtant bien voulu aller jusqu'à Cluny pour vous voir mais je ne puis m'absenter une heure : chaque minute est réglée; je ne puis même trouver le temps de travailler pour moi. Pourtant il est temps. Mon 1er doctorat a absorbé depuis mon arrivée mes jours et mes nuits en grande partie; naturellement je suis beaucoup en retard pour ce qui a trait
au nouveau plan d'étude que tout le monde me conseille, en particulier mon chef Degraeve dont je t'envoie la dernière lettre. Tu verras ce qu'il me dit, je crois qu'il a raison. Ce qui n'empêchera pas que 1882 me verra Docteur coute que coute. Le plus difficile est enlevé; je puis dire que des cinq doctorats et de la thèse le premier examen peut bien compter pour la moitié du tout à lui seul.
Naturellement, comme tu l'as pensé, la question urgente est la question des piastres et je ne saurais trop te dire tous les calculs que j'ai fait pour pouvoir établir mon budget pour 1882.
Il faut que je passe d'ici les vacances mes 4 derniers de doctorat et ma thèse.
Il faut en outre que j'en termine avec la pharmacie
4 examens de doctorats (à 100 fr) = 400
Thèse consignation 300---------------600
imprimé 300 ----------
1000
Pharmacie
2 définitifs à 120 f 240
Thèse consignation,
impression, des exemplaires 650
----------
890
Total 1890 f Brut, sans compter tous les faux frais qu'entrainent avec eux les examens et qui à la fin font un compte.
Avec cela il faut vivre
il faut se vêtir etc.................
Défalcation de l'impôt j'ai environ 1300 fr de revenu.
Tu vois mon embarras.
J'ai beau aller à l'économie, travailler comme une corde, porter éternellement les mêmes habits et ne jamais mettre les pieds dans un café, il est clair que quand j'aurai mis en balance ce que j'ai à dépenser et ce que j'ai à recevoir je dois avoir cette année un passif brut de 500 f environ sans comprendre ce qui me sera indispensable pour les premiers besoins de l'existence.
Voila ce que me couteront mes deux diplômes.
Je n'ai pas bien entendu à entrer dans l'état de mes comptes antérieurs des années
précédentes et à me justifier des imbécillités calomnieuses de Mr mon frère.
Je suis à Paris depuis le commencement de 1876 ce qui fait 6 ans.
En 6 ans j'ai fait
Trois années d'Ecole de pharmacie
Quatre années d'Ecole de médecine
Été reçu interne des hopitaux
Été lauréat (prix Ménier)
Été lauréat des hopitaux (médaille d'argent)
Subi cinq examens semestriels à l'Ecole de pharmacie
Subi à l'Ecole de médecine
les trois examens de fin d'année
le 1er doctorat
Je crois que je n'ai guère eu le temps de faire autre chose.
Quant à ma prétendue
ruine et aux folles dépenses que j'ai faites Voici mon bilan
pris 16 inscriptions à l'école de médecine à raison de 32 f 50 l'une
pris 12 inscriptions à l'école de pharmacie à raison du même prix 32 f 50
passé 5 semestriels à l'école de pharmacie à raison de 30 f 50
passé 3 fins d'année à l'école de médecine à 30 f 50
passé 1er doctorat 100 f
Avec cela l'achat de mes livres : j'en ai environ pour 1900 f
De mes instruments environ pour 350 f
J'ai pourvu à ma nourriture et à mon entretien.
J'avais 1300 f de rente sans compter réparations etc. ce qui la diminuait de beaucoup
En 1876 j'ai eu à ma part, après le paiement de tous les frais le ridicule revenu d'environ 200 f.
Et mes voyages à Cluny.
Bref avec cela j'ai à peu près 4500 f de dettes au maximum. Je crois que je n'ai pas été trop vite. S'il te restait encore quelques doutes tu pourrais juger par les chiffres ce que j'ai eu par an à dépenser.
Je reviens au présent :
J'ai donc 1900 f à sortir de ma poche pour en finir avec mes études. Comment faire ? J'ai bien un moyen mais il est peu avantageux car il me fera perdre beaucoup de temps.
Je pourrais entrer au laboratoire municipal de la Ville de Paris comme inspecteur expert, ce qui me procurerait 150 f par mois, mais j'aurais la moitié de ma journée prise ce qui me retarderait beaucoup pour mes examens. il est évident que dans ces conditions je devrais dire adieu au concours n'ayant plus assez de temps pour le préparer
Ce qui m’exaspère ensuite dans cette solution c'est la pensée de perdre le fruit de tant de travail et d'arriver simple docteur comme le premier venu.
Que faire ? Il faudra peut être bien que j'accepte cet état, la faculté n'étant
pas disposée à me faire crédit sur ma bonne mine.
D'autre part je tiens à ce que je possède et je ne veux rien vendre de ce que j'ai; je préférerais attendre pour payer mes frais d'examens que j'aie fait des économies sur les modestes appointements que me ferait le laboratoire.
Telle est donc la situation vraie et rigoureuse, situation difficile surtout au moment où l'avenir s'ouvre devant moi avec les espérances du succès.
J'ai profité d'une heure de tranquillité pour t'écrire ces quelques pages,
tu vois que quand je ne t'écris pas ce n'est pas par mauvaise volonté de ma part.
Au revoir ma chère Tante, embrasse pour moi mon grand père et ma grand mère comme je t'embrasse moi-même de tout cœur
Thomas
Madame Prost m'a chargé de te dire bien des choses.
Dans ta prochaine lettre renvoie moi la lettre de Degraeve.
(Lettre non datée, peut-être d'octobre 1882)
Ma chère Tante
Le concours est terminé et mes prévisions étaient fondées, pour surcroit j'avais un jury qui m'était totalement hostile. Néanmoins je suis enchanté, non du résultat mais de la valeur de mes épreuves qui ont été bonnes. Assurément je ne pouvais m'attendre à une telle homogénéité hostile et j'ai pu voir jusqu'où pouvaient aller les querelles d'école.
Je vais maintenant terminer médecine et pharmacie : c'est le plus pressé, puis je verrai si je dois m'installer ou préparer le prochain concours.
Je ne sais guère ce qui se passe autour de moi. Depuis trois mois je n'ai pas lu le journal, j'ai vécu absolument comme un loup.
J'aurais voulu pouvoir aller en vacances et me reposer un peu car j'en ai grand besoin, mais le moment n'est pas encore arrivé : je vais me hâter d'en finir avec la faculté.
Y a-t-il quelque chose de nouveau à Cluny ? Depuis longtemps je ne reçois
de nouvelles que celles que tu m'envoies.
Comment vont mon grand père et ma grand mère ? Sont-ils toujours à Argerot ? Fait-il aussi mauvais à Cluny qu'ici ? Nous n'avons pas un seul jour sans pluie.
Au revoir ma chère tante, embrasse mon grand père et ma grand mère comme je t'embrasse moi-même
Thomas
Nancy
Un mot à la hâte
Il faut que le 9 courant je sois à Alger pour un concours important qui m'assurera une bonne position si je réussis à mener cette affaire.
Il faut que j'aie mon diplôme de pharmacie et l'Ecole de Paris n'est ouverte que le 8. J'ai
télégraphié à l'Ecole de Nancy qui m'a répondu qu'à partir du 3 on pouvait passer le concours définitif. Je suis parti aussitôt et le 3 je vais passer. Il faut que je consigne demain jeudi à 10h sinon c'est fini j'aurai fait un voyage inutile et ma situation est manquée
Mr Broyer n'a donc pas reçu ma dépêche hier, mardi à ma lettre. Je n'y comprends rien.
Une heure de retard d.... (?) détruit tous mes projets
Au revoir ma chère tante je t'embrasse
Thomas
(Sans date mais certainement de Nancy aux environs du 3 novembre 1882)
Je reçois ta lettre à l'instant je me hâte d'y répondre
Impossible de m'arreter à Cluny pas même à Mâcon je ne sais même si je pourrai repasser par Paris. Je passe mes deux derniers examens lundi matin et il
faut que je sois à Marseille à 4 h, mardi pour partir à 4h 1/2
Merci de tout coeur de ton envoi
Je t'embrasse
Thomas
(sans date, assurément 7 novembre 1882)
Lyon 7 h 1/2 matin
Je suis parti de Paris hier soir par le rapide, une heure après mon arrivée de Nancy. J'ai mon diplôme dans ma poche.
Il me faut encore deux mois pour avoir terminé complètement ma médecine
Je t'embrasse de tout cœur
Thomas
Embrasse pour moi mon grand père et ma grand mère
Nous repartons de suite
Lettre de Frédéric THOMAS à son frère Emile
Mon cher Emile
Je n'ai pas voulu t'écrire avant d'avoir trouvé une solution bien nette.
A partir d'aujourd'hui je suis pharmacien en chef de l'hopital civil d'Alger (Mustapha). J'ai passé un très brillant concours, et le président du jury, Directeur de l'Ecole de médecine a été chargé de m'exprimer les félicitations des juges pour la façon dont j'avais passé les épreuves.
Aux 5 épreuves j'ai presque atteint le maximum de points 370 sur 400. c'est à dire 37 pour 40 ce qui est excessivement rare.
J'ai près de 4000 f d'appointements, j'ai un logement à l'hopital composé de 6 pièces et de 2 cuisines, d'une cour, j'ai un jardin où il pousse nèfles, raisins, oranges etc.
L'hopital est très important. J'ai 10 internes. Ils sont entrés en fonction aujourd'hui, leur concours s'était terminé il y a quelques jours.
Je suis très bien ici avec plusieurs professeurs de l'Ecole et avec le directeur. Très probablement au mois d'avril j'aurai une chaire de professeur suppléant ou de chef de travaux .... (?) ce qui me fera en plus 2500 f, total 6500 f. Dans quelques années j'arriverai certainement à une chaire de professeur : 6000 f, ce qui me fera une
très belle situation.
Ici il fait un soleil magnifique en ce moment. Il faut sortir en ombrelle ou en chapeau d'été. Le climat est superbe, le ciel est bleu foncé.
Les vivres sont assez bon marché
un lièvre 25 sous à 30 sous
une perdrix 20 sous
5 oranges pour un sou
des bananes, des dattes, du poisson, en somme beaucoup de ressources.
J'ai reçu une lettre de ma tante m'indiquant ton adresse. Comment te trouves-tu ? Le métier militaire te convient-il ?
Je vais repartir pour Paris probablement le 5 ou le 6 courant pour y régler mes affaires et emballer mon mobilier. Ecris-moi donc à Paris 12 rue Geoffroy St Hilaire. Je reviendrai
ici au commencement de janvier pour m'y installer définitivement.
Au revoir mon cher Emile je t'embrasse
Thomas
Alger le 1er décembre 1882
C'est avec cette lettre que prend fin la correspondance entre Frédéric, sa tante Virginie et son frère Emile. Mais une autre correspondance s'annonce : celle de la maîtresse de Frédéric avec Virginie.
Grâce à elle nous saurons tout du triste destin de Frédéric, et nous apprendrons ce qu'il advint de ses biens clunisois auxquels il tenait tant.
Caroline (dite Karol) ERMERY naît le 24 janvier 1845 à Paris (4e). Elle épouse le 6 février 1875 à Paris (1er) Jean-Baptiste BONNEFOI (1851-1888) graveur en caractères duquel elle se sépare à une date inconnue. Elle se lie avec Frédéric avant 1881 mais elle ne divorcera pas de son époux. A la mort de ce dernier il est noté sur l'acte que "l'épouse est absente" ce qui signifie bien que le couple est séparé.
7 9bre 1882
Chère Madame
Je n'ai pu répondre hier à votre dépêche. J'en recevais en même temps une de Fritz qui me demandait son acte de naissance qui était à l'Ecole de pharmacie et un Certificat de bonnes vie et mœurs. Il me prévenait en même temps de son arrivée le soir à 6 Hres à la gare de l'Est. Il a fini sa pharmacie il a passé les 2 premiers examens le 3 et hier matin les autres. J'ai vu le Certificat du Directeur de l'Ecole de Nancy.
Enfin si il ne réussit pas à Alger il a toujours son diplôme en poche et c'est un bien beau résultat on n'avait pas encore vu un candidat passer ses définitifs aussi rapidement. Vous êtes comme moi, je suis sûre,
bien contente. Il a pris le train à la gare de Lyon pour Marseille hier soir à 8 H 20. Il sera aujourd'hui à 3 Hres 30 à Marseille et le paquebot quitte la rade à 5 Hres du matin, le concours est le lendemain 10, mais nous ne pourrons avoir des nouvelles avant le 15.
J'ai eu beaucoup de difficultés à me procurer ce qu'il me demandant, ses certificats, et cependant ils étaient indispensables. J'ai courru toute la journée, enfin je crois qu'il ne lui manque plus rien.
Je vous remercie et vous suis bien reconnaissante de l'offre que vous me faites de venir passer près de vous quelques temps.
Mais voici ce que je soumets à votre sagesse. Si Fritz est reçu au concours peut-être ne pourra t il pas revenir en France
immédiatement, auquel cas il faudra que je m'occupe d'expédier ses affaires et alors en allant le rejoindre je m'arrêterais huit jours à Cluny où j'irai vous demander votre bonne hospitalité. Sinon je pense qu'il faudrait attendre le résultat pour s'organiser et se trouver ensemble. Car voyez ces grands frais, il faudrait sans cela que je fasse deux voyages et c'est très couteux.
En tous cas je vais donner congé de notre logement pour ne pas nous exposer à payer un terme pour rien, puisque s'il ne réussit pas il s'établira de suite.
Dès que j'aurai des nouvelles je vous écrirai. Si de votre côté vous avez besoin de renseignements ou de commissions comptez sur moi qui me ferai un véritable plaisir de vous être agréable
Au revoir chère Madame, croyez à la plus profonde gratitude de votre toute dévouée qui vous embrasse de tout cœur
Karol
Jeudi 5 Hres (sans date, assurément le 14 décembre 1882)
Chère Madame
Je reçois à l'instant un télégramme le concours est terminé Fritz est reçu avec presque le maximum de points. je n'ai que le temps de courir à la poste, mais j'ai pensé que vous seriez contente de savoir le résultat le plus tôt possible.
Je vous embrasse de tout cœur
Votre toute dévouée
Karol
Grâce à elle nous saurons tout du triste destin de Frédéric, et nous apprendrons ce qu'il advint de ses biens clunisois auxquels il tenait tant.
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Caroline (dite Karol) ERMERY naît le 24 janvier 1845 à Paris (4e). Elle épouse le 6 février 1875 à Paris (1er) Jean-Baptiste BONNEFOI (1851-1888) graveur en caractères duquel elle se sépare à une date inconnue. Elle se lie avec Frédéric avant 1881 mais elle ne divorcera pas de son époux. A la mort de ce dernier il est noté sur l'acte que "l'épouse est absente" ce qui signifie bien que le couple est séparé.
Lettres de Caroline ERMERY à Virginie BLANC-FLEURET
(sans date, assurément début novembre 1882)
Chère Madame
Si Fritz ne vous a pas informé de ses projets c'est que lorsqu'il vous a écrit il ne savait rien lui-même. Le 30 au soir arriva une lettre d'Alger du Professeur Rey de l'Ecole de Médecine et de Pharmacie qui l'invitait à aller concourir pour la place de Pharmacien en Chef de l'hopital Mustapha. Seulement il fallait avoir son diplome de pharmacien de 1ère classe. L'Ecole de Pharmacie de Paris n'ouvrant que le 6 9bre, force lui fut d'aller à Nancy ou la faculté commence les examens le 3. Si il a la chance de pouvoir finir il sera a Alger le 9, le concours est le 10. Vous voyez comme les évènements se précipitent. Je vous écrirai Lundi prochain au plus tard pour vous donner le résultat de Nancy, car il ne pourra certainement pas écrire. Je compte sur un de ses amis la-bas pour avoir des nouvelles.
Au cas ou ce nouveau concours ne réussirait pas il y aurait toujours de gagné qu'il aurait fini ses études en pharmacie, ce qui serait déja un bon résultat, et alors il abandonnerait pour toujours les concours et monterait à Paris une maison de pharmacie et ferait en même temps de la médecine.
Si au contraire il arrive au concours d'Alger il a devant lui une position brillante car alors il pourra se présenter comme suppléant à l'Ecole et plus tard comme professeur. Le climat du reste lui serait très favorable car il est bien fatigué, depuis un an il n'a pas eu 8 jours de congé.
Vous voyez chère Madame qu'il ne faut pas vous alarmez, il voudrait arriver à quelque chose c'est une noble ambition que vous partagez j'en suis sûre.
Si vous avez besoin d'autres renseignements je suis toute à votre disposition. Mais Lundi au plus tard je vous écrirai de nouveau.
Je vous embrasse de tout cœur
Votre bien dévouée
7 9bre 1882
Chère Madame
Je n'ai pu répondre hier à votre dépêche. J'en recevais en même temps une de Fritz qui me demandait son acte de naissance qui était à l'Ecole de pharmacie et un Certificat de bonnes vie et mœurs. Il me prévenait en même temps de son arrivée le soir à 6 Hres à la gare de l'Est. Il a fini sa pharmacie il a passé les 2 premiers examens le 3 et hier matin les autres. J'ai vu le Certificat du Directeur de l'Ecole de Nancy.
Enfin si il ne réussit pas à Alger il a toujours son diplôme en poche et c'est un bien beau résultat on n'avait pas encore vu un candidat passer ses définitifs aussi rapidement. Vous êtes comme moi, je suis sûre,
bien contente. Il a pris le train à la gare de Lyon pour Marseille hier soir à 8 H 20. Il sera aujourd'hui à 3 Hres 30 à Marseille et le paquebot quitte la rade à 5 Hres du matin, le concours est le lendemain 10, mais nous ne pourrons avoir des nouvelles avant le 15.
J'ai eu beaucoup de difficultés à me procurer ce qu'il me demandant, ses certificats, et cependant ils étaient indispensables. J'ai courru toute la journée, enfin je crois qu'il ne lui manque plus rien.
Je vous remercie et vous suis bien reconnaissante de l'offre que vous me faites de venir passer près de vous quelques temps.
Mais voici ce que je soumets à votre sagesse. Si Fritz est reçu au concours peut-être ne pourra t il pas revenir en France
immédiatement, auquel cas il faudra que je m'occupe d'expédier ses affaires et alors en allant le rejoindre je m'arrêterais huit jours à Cluny où j'irai vous demander votre bonne hospitalité. Sinon je pense qu'il faudrait attendre le résultat pour s'organiser et se trouver ensemble. Car voyez ces grands frais, il faudrait sans cela que je fasse deux voyages et c'est très couteux.
En tous cas je vais donner congé de notre logement pour ne pas nous exposer à payer un terme pour rien, puisque s'il ne réussit pas il s'établira de suite.
Dès que j'aurai des nouvelles je vous écrirai. Si de votre côté vous avez besoin de renseignements ou de commissions comptez sur moi qui me ferai un véritable plaisir de vous être agréable
Au revoir chère Madame, croyez à la plus profonde gratitude de votre toute dévouée qui vous embrasse de tout cœur
Karol
Jeudi 5 Hres (sans date, assurément le 14 décembre 1882)
Chère Madame
Je reçois à l'instant un télégramme le concours est terminé Fritz est reçu avec presque le maximum de points. je n'ai que le temps de courir à la poste, mais j'ai pensé que vous seriez contente de savoir le résultat le plus tôt possible.
Je vous embrasse de tout cœur
Votre toute dévouée
Karol
29 Xbre 82
Chère Madame
J'ai reçu votre lettre et je m'empresse de me rendre à votre désir aujourd'hui ; demain j'écrirai à Madame Blanc, j'alternerai ainsi les nouvelles.
L'état de Frédéric est toujours le même il passe le temps le plus critique de sa maladie et d'ici quelques jours si il n'y survient rien, il entrera en convalescence, mais d'ici là les nouvelles ne pourront être bien bonnes.
Le directeur de la Salpêtrière a mis une garde-malade à
ma disposition et chaque soir un interne vient passer la nuit avec moi.
Soyez donc tranquille sur les soins qu'il reçoit et croyez moi
votre toute dévouée
Caroline
31 Xbre 1882
Chère Madame
L'Etat de Frédéric s'est un peu amélioré depuis hier et nous fait espérer une terminaison heureuse de sa fièvre. Il est d'une faiblesse extrême et d'une maigreur à faire peur. Enfin on ne peut espérer mieux pour le second septenaire et encore un et il sera j'espère en convalescence.
Je vous prie Madame d'agréer mes souhaits de bonne année et de vous souhaiter de longues années exemptes de maladie.
Le jour de l'an sera bien triste ici malgré un pronostic favorable cela n'a rien de gaie de voir souffrir, heureusement que ce sera un certificat d'immunité pour l'avenir.
Veuillez agréer Madame l'expression de mes meilleurs sentiments
Votre toute dévouée
Caroline
4 Janvier 83
Madame
Les nouvelles aujourd'hui sont moins bonnes, la température est beaucoup plus élevée et l'affaiblissement est extrême, cependant rien n'est perdu, mais il passe un moment bien terrible, il ne prend que du champagne et du lait à la glace, le reste il le vomit, j'ai peur d'une convalescence longue et difficile
J'ai reçu ce matin la lettre de Madame Fleuret.
J'ai l'honneur d'être, Madame,
Votre toute dévouée
Caroline
Chère Madame
J'ai reçu votre lettre et je m'empresse de me rendre à votre désir aujourd'hui ; demain j'écrirai à Madame Blanc, j'alternerai ainsi les nouvelles.
L'état de Frédéric est toujours le même il passe le temps le plus critique de sa maladie et d'ici quelques jours si il n'y survient rien, il entrera en convalescence, mais d'ici là les nouvelles ne pourront être bien bonnes.
Le directeur de la Salpêtrière a mis une garde-malade à
ma disposition et chaque soir un interne vient passer la nuit avec moi.
Soyez donc tranquille sur les soins qu'il reçoit et croyez moi
votre toute dévouée
Caroline
Lettres de Caroline ERMERY à Cécile BOUQUIT-BLANC (grand-mère maternelle de Frédéric)
Chère Madame
L'Etat de Frédéric s'est un peu amélioré depuis hier et nous fait espérer une terminaison heureuse de sa fièvre. Il est d'une faiblesse extrême et d'une maigreur à faire peur. Enfin on ne peut espérer mieux pour le second septenaire et encore un et il sera j'espère en convalescence.
Je vous prie Madame d'agréer mes souhaits de bonne année et de vous souhaiter de longues années exemptes de maladie.
Le jour de l'an sera bien triste ici malgré un pronostic favorable cela n'a rien de gaie de voir souffrir, heureusement que ce sera un certificat d'immunité pour l'avenir.
Veuillez agréer Madame l'expression de mes meilleurs sentiments
Votre toute dévouée
Caroline
Madame
Les nouvelles aujourd'hui sont moins bonnes, la température est beaucoup plus élevée et l'affaiblissement est extrême, cependant rien n'est perdu, mais il passe un moment bien terrible, il ne prend que du champagne et du lait à la glace, le reste il le vomit, j'ai peur d'une convalescence longue et difficile
J'ai reçu ce matin la lettre de Madame Fleuret.
J'ai l'honneur d'être, Madame,
Votre toute dévouée
Caroline
Lettres de Caroline ERMERY à Virginie BLANC-FLEURET
5 janvier (1883)
Chère Madame
J'ai reçu votre première lettre hier matin. J'étais très étonnée de votre silence et je ne savais à quoi l'attribuer, l'idée d'un retard ne m'était pas venue.
Ça a été aujourd'hui une grande joie d'avoir de vos nouvelles et malgré son extrême faiblesse, je n'ai pas hésité à lui communiquer.
La maladie suit malheureusement son cours et on n'espère plus maintenant l'enrayer, encore quelques jours de crise et j'espère qu'il sera sauvé. Mais que c'est long et pénible de voir souffrir ainsi, voila le 19e jour qu'il est au lit.
Je connaissais très bien l'adresse d'Emile et aujourd'hui encore je n'ai pas reçu de lettre de lui. Cependant je lui ai écrit à ce sujet, s'il se voyait dans l'état de son frère, il mourrait certainement de peur et serait bien content d'avoir des marques de sympathie des siens; égoïste il est, égoïste il restera.
Vous ne sauriez croire combien Frédéric a maigri depuis 8 jours. Je me demande sur quoi il vit; son estomac est très mauvais et il rend presque tout ce qu'il prend, la glace n'empêche pas toujours les vomissements et les nuits sont surtout mauvaises. cependant les médecins ne désespèrent pas. C'est vraiment une maladie terrible.
Lorsque j'écris soit à vous ou à Madame Blanc je ne lui montre
jamais les lettres, par conséquent si vous aviez à me dire quelque chose de confidentiel, mettez un petit papier supplémentaire dans votre lettre de réponse.
Il faut beaucoup le ménager et lui montrer beaucoup d'affection avec sa nature nerveuse, cela lui fera du bien et lui donnera le courage de prendre les médicaments.
Je vous écrirai après demain et demain à Madame Blanc
J'ai l'honneur d'être Madame
Votre toute dévouée
Caroline
7 janv. 83
Chère Madame
Cette nuit a été plus calme, purgation ce matin, sulfate de quinine ce soir, le voila bien abattu et pour le relever à 6 H, 50 ventouses. je crois qu'à ce régime il ne sauvera que sa peau et ses os. Le Docteur lui a dit ce matin qu'il était un peu mieux, la joie lui a fait faire un petit somme, depuis le commencement de sa maladie, voila le premier repos qu'il prend et encore cela a duré une demie heure.
C'est aujourd'hui le 21e jour de sa maladie et si les accidents à redouter ne reviennent pas compliquer la situation
dans 8 jours il sera en convalescence, l'accident le plus à craindre sont les syncopes, c'est très grave, jusqu'à présent on est arrivé à les enrayer, espérons qu'il en sera toujours de même.
Le plus grand plaisir qu'il éprouve est de recevoir des nouvelles de Cluny, il voit qu'on pense à lui et il est content. Dès qu'il pourra tenir une plume il répondra à Monsieur Broyer.
Je suis heureuse de pouvoir vous donner aujourd'hui des nouvelles plus satisfaisantes que ces jours derniers.
Je vous embrasse de tout cœur
Caroline
9 janvier 83
Chère Madame
Au moment où je vous écris Frédéric repose un peu, son sommeil a été assez calme, du reste la nuit a été relativement bonne. Le Docteur Vulpian est venu hier soir et a donné de l'espoir, la maladie n'a amené aucune lésion, mais la fièvre est tenace et la température toujours trop élevé, toujours du sulfate de quinine à hautes doses et essayer de le nourrir, j'ai acheté un kilo de tranche de bœuf et j'ai fait préparer du jus de viande, on en a obtenu 100 gr. Je lui en ai donné une cuillerée à café dans une petite tasse de bouillon aujourd'hui, cela lui plait
aujourd'hui, mais demain cela lui plaira t'il ? Son estomac est si peu tolérant qu'il est très capricieux et ce n'est qu'à force de varier que je puis lui faire prendre quelque chose. La fièvre est encore très forte, on me fait espérer qu'elle tombera tout-d'un-coup, en réalité il a une fièvre typhoïde qui ne ressemble pas aux autres, elle affecte un caractère intermittent. Dans les plus mauvais moments de sa maladie il a toujours conservé toute sa connaissance, c'est pourquoi c'est difficile de le tromper et pourquoi toute sympathie lui est si sensible, vous ne sauriez croire combien il a été heureux des 2 lettres que vous avez envoyé ce matin, il avait les larmes aux yeux en les lisant, il a une foi entière en Monsieur Aucaigne
et son pronostic pour la terminaison de sa fièvre l'a rempli de joie, probablement que demain je ferai les réponses aux lettres qu'il a déja reçue. Aussi, Madame, faites votre possible pour lui écrire souvent ainsi que Monsieur et Madame Blanc et ses amis.
Il m'a prié de vous dire de lui envoyer l'acte de naissance de sa sœur; je lui ai objecté qu'il avait bien le temps de s'en occuper, mais il ne veut pas entendre raison et ne sera content que lorsqu'il l'aura reçu et c'est ainsi de toute chose et je crois qu'il ne sera pas facile en convalescence, heureusement que j'ai de la patience pour nous deux et le plus grand désir de le voir guéri
Voila cinq heures, il faut courir à la poste, en résumé il n'y a pas d'aggravation et c'est le principal pour le moment.
Je vous embrasse de tout cœur
Votre toute dévouée
Caroline
Lettre d'Emile THOMAS à son frère Frédéric
Lons le Saunier le 10 Janvier 1883
Mon cher Frederic
J'attendais une lettre de Mad. Caroline ce matin, n'en ayant point reçu je ne sais vraiment que panser, si tu n'allais pas mieux fais moi envoyer une depeche , ou une lettre que je montrerais au capitaine pour obtenir une permission avec la quelle je partirais de suite et j'arriverais à Paris le lendemain car je suis dans l'inquiétude, je désirerais savoir au juste ce qu'il en est, car je ne puis rester plus longtemps dans l'inquiétude, j'ai toujours peur qu'il arrive quelque chose. J'espère que ma lettre te trouveras mieux
adieu cher Frederic
Je t'embrasse compte sur (ton) frère
Thomas Emile
Lettre de Maxime BROYER notaire à Cluny à Emile THOMAS
Cluny le 11 Janvier 1883
Monsieur Emile Thomas
Je reçois votre télégramme : ci-jointe vous trouverez la somme de deux cents francs que vous me demandez. Partez vite et donnez nous des nouvelles. Vous trouverez à Paris Mad. Fleuret, qui est partie dans la journée, à la réception d'une dépêche lui annonçant l'état grave de ce pauvre Frédéric. Espérons que ça ira mieux, exprimez lui mes vives amitiés
Salutations
M Broyer
Faire-part de décès de Frédéric THOMAS
Lettre de Maxime BROYER notaire à Cluny à Virginie BLANC-FLEURET
Mâcon 14 janvier 1883
Madame
Je reçois ici votre télégramme et je m'empresse de vous adresser ci-jointe la somme de Mille francs que vous demandez. Nous avons attendu tout le matin la dépêche devant nous annoncer le jour et l'heure exacte du convoi à Cluny, j'ai prévenu tout le monde, à la cure, à la mairie, au cimetière, il ne reste plus qu'à fixer le moment. Nous pensions d'abord que ce serait mardi qu'aurait lieu la cérémonie à Cluny, mais nous voyons que ce ne pourra être que mercredi, puisque le service de Paris se fera le mardi. Aussitôt la réception de votre lettre demain, nous enverrons les lettres de (faire-)part. Contrairement à votre première pensée, nous convoquerons à la gare, plutôt que rue de la République. De cette façon le convoi pour (par ?) l'entrée de la ville sera plus convenable et plus
solennel. D'autre part en faisant de suite la cérémonie, les Messieurs qui accompagnent de Paris auront mieux le temps pour repartir, et enfin l'heure de l'arrivée 9 h ou Midi conviendra mieux aux professeurs de l'école qui certainement assisteront en grand nombre aux funérailles. Si l'arrivée a lieu à 9 h nous fixerons la cérémonie à 10 h 1/2, si au contraire vous n'arrivez qu'à Midi, la cérémonie aura lieu aussitôt. Il importera donc que vous et les personnes qui viendront de Paris, vous preniez à Paray ou au buffet de Cluny quelque chose pour vous permettre d'attendre la fin de la cérémonie. Si l'on a une Messe il est probable que la chorale prêtera son concours. J'ai pensé qu'il convenait de commander l'enterrement de 1ère classe, ce pauvre ami Frédéric mérite bien ce témoignage d'affection. Tout le monde ici est vraiment désolé de cette mort trop malheureuse : il était si aimé de tous. Nous ses amis de Cluny nous lui offriront une belle couronne en marque de sympathique affection. Impossible de vous dire quels regrets unanimes il emporte.
Pour moi vous savez Madame quel
sincère attachement je lui avais voué, aussi sa perte est pour moi comme pour vous un deuil personnel.
A Mercredi donc, et si vous avez quelques instructions particulières à me donner veuillez me les faire parvenir demain par télégramme.
Bien à vous
M Broyer
Lettre de Caroline ERMERY à Virginie BLANC-FLEURET
29 janvier 1883
Chère Madame
Je n'ai pu répondre plus tôt à vos deux lettres parce que je les ai reçues toutes deux hier matin, ma sœur vient tous les soirs coucher avec moi et ne va que deux fois par semaine chez elle ce qui met du retard pour la réception des lettres ; si vous mettiez sur l'adresse Madame Thomas en toutes lettres le concierge ne pourrait se refuser à me les remettre et alors en cas urgent vous pourriez me les adresser rue Geoffroy St Hilaire ; je laisse ceci à votre appréciation.
Vous me demandez ce qui s'est passé lors de l'apposition des scellés, absolument rien
si Melle Dailly ignore la délicatesse de mon côté je n'oublie jamais ma dignité et dans ce cas un conflit est impossible, naturellement elle n'est pas revenue que serait-elle venue faire ?
Quand à l'argenterie elle est dans la chambre fermée par les scellés et malgré mon grand désir de vous être agréable je ne puis rien faire, elle connaissait tout et depuis sa visite j'ai appris qu'elle avait fait la réflexion "qu'elle n'avait pas tout vu" c'est-à-dire qu'elle me soupçonnait d'avoir enlevé les objets de valeur. Mr Pipet est venu officieusement me demander ce que l'argenterie était devenu. Vous voyez qu'il m'est impossible de soustraire quoi que ce soit, du reste j'ai promis déja
à Emile que si je pouvais sauver quelque chose je l'enverrai à Cluny.
J'ai mis de côté une blague que mon cher Fritz avait rapporté d'Alger pour Monsieur Broyer si il vient à Paris pour l'inventaire je lui remettrai.
Ces jours-ci je vous enverrai le détail des 420 f. dus à ma sœur que vous auriez la bonté de soumettre à Monsieur Broyer, ici il y aura des témoins pour l'affirmer.
Je ne sais, chère Madame, comment je ne deviens pas folle de tant de chagrins et de tant d'ennuis et cependant je préfère rester chez nous il me semble toujours qu'il va revenir. Quel nouveau chagrin quand il faudra quitter tous ces souvenirs.
La malle n'est pas encore revenue d'Alger mais il(s) en connaisse(nt) l'existence, il n'y a donc rien à faire là-bas. C'était des gens bien renseignés
Je n'ai pas plus de 2 ou 3 amis ici mais cela me suffit, plus le temps s'écoule et plus tout me devient indifférent, si demain à la levée des scellés j'étais à la porte cela me serait égal, plus que jamais j'ai appris à connaitre le monde et je suis trop malheureuse pour avoir beaucoup d'amis, aussi j'ai une grande reconnaissance pour ceux qui me sont restés et vous êtes du nombre, Madame ainsi qu'Emile dont j'ai reçu une très bonne lettre depuis son retour à Lons-le-Saulnier.
Vous savez que dès que j'aurai des nouvelles, je vous écrirai de suite. Je n'ai pas revu Monsieur Malherbe depuis votre départ d'ici, que fait-il je n'en sais rien.
Acceptez, chère Madame, l'expression de ma reconnaissance
Je vous embrasse de tout cœur
Votre toute dévouée Caroline
Ma sœur se rappelle à votre bon souvenir et vous présente ses respects.
Lettre de Maxime BROYER notaire à Cluny à Emile THOMAS
Cluny le 31 janvier 1883
Monsieur Emile Thomas
Soldat au 44e de Ligne à Lons-le-Saulnier
Je vous envoie ci-jointe la lettre de M. Fourré d'Alger, chez qui sont déposés les effets de Frédéric. Il me demande un peu d'argent pour faire ranger la malle avant de l'adresser et pour payer le port, je lui envoie ce soir même 15 francs à cet effet. Je pense que je recevrai bientot cet envoi ; mais vous voyez d'après la lettre qu'il n'existe pas de testament. Je reçois aussi une lettre de M. Malherbe, il n'y a encore rien de fait à Paris : on doit m'avertir lorsqu'on levera les scellés, dans une huitaine de jours, me dit-il.
En étudiant et en consultant la chose nous arrivons à faire rentrer à la famille une partie de l'héritage, alors même qu'il n'y aurait pas d'autre testament. Pour cela il faudra que vous, pour ce qui vous concerne, vous fassiez une renonciation à la succession, alors que M. et Mad. Blanc, comme ascendants deviendront héritiers privilégiés par la loi, à qui un quart des biens reviendra de plein droit : ils vous le repasseront ensuite. Mais pour cela il faut que vous vous effaciez d'abord ; la chose serait bien longue à vous expliquer par lettre, je pense que vous continuez à vous en rapporter à moi, je ferai donc pour le mieux dans votre intérêt, dites moi seulement si vous m'autorisez à agir ainsi. Dans ce cas il est probable qu'un voyage à Paris ne sera pas de trop pour éviter toute difficulté et toute complication là-bas, je m'arrangerai alors pour aller assister à l'inventaire. Dites moi en me répondant qui a les clefs de la maison d'Argerot et de la chambre où Frédéric a ses affaires.
Vous avez je pense des nouvelles de M. Blanc votre Grand-père, vous savez qu'il est très malade, assurément il ne se remettra pas, il faut même s'attendre à une fin très prochaine : ce n'est guère que l'affaire d'un jour ou deux. Si vous obtenez une permission à cette occasion je vous causerai plus longuement de toutes ces affaires.
Recevez, mon cher Emile, mes salutations empressées
M Broyer
Si vous ne devez pas venir écrivez moi au sujet de la proposition dont je parle plus haut.
Télégramme d'Emile THOMAS à Virginie BLANC-FLEURET du 7 février 1883
Lettres de Caroline ERMERY à Virginie BLANC-FLEURET
7 février 83
Chère Madame
J'ai appris avec une profonde émotion le nouveau coup qui vous atteint, vraiment quand le malheur frappe une famille il se contente rarement d'une victime, vous aviez été assez cruellement éprouvé il y a un mois par la perte de mon pauvre Fritz et cela aurait dû être assez. Ce pauvre grand-père n'aura pu résister à la douleur de perdre son petit-fils, âgé et souffrant déja depuis longtemps, c'était un coup terrible?
C'est aujourd'hui que je voudrais croire à un monde meilleur où on se retrouve car alors ils seraient heureux de se revoir, d'oublier ensemble les chagrins de cette vie
et attendraient que nous soyons réunis pour toujours.
Quel chagrin terrible pour Madame Blanc et combien je regrette de ne pas la connaître, mais je m'associe de cœur à sa grande douleur. Mon pauvre Fritz me disait après son retour d'Alger "Si il arrivait à ma grand-mère d'être seule nous la ferions venir avec nous à Alger, vous vous entendriez très bien" hélas Madame, il n'est plus là pour la consoler, elle n'a plus que vous pour l'aider à porter désormais le fardeau de l'existence. Quel vide immense et comme je le comprends à présent que je suis seule à pleurer mon pauvre grand, quel déchirement quand on m'enlèvera tous mes souvenirs tout ce qu'il a aimé et que je me
trouverai seule avec un chagrin qui ne finira qu'avec moi, ce pauvre grand-père est heureux, les choses de ce monde ne le touche plus, il est dans l'éternel repos ; mais pour nous qui restons le souvenir n'est pas une consolation, bien heureux sont les morts.
Lorsque l'état de Madame Blanc le permettra dites-lui bien que je m'associe à sa douleur mais que je ne puis trouver aucune parole de consolation.
Mes amitiés à Emile à qui j'écrirai ces jours-ci.
Bon courage, Madame, dans votre pénible tâche, malgré votre chagrin il vous faut encore consoler une mère et une femme trop éprouvée, croyez que ma pensée vous suit car quelque ( .... ?) que puisse être cette perte elle est tout aussi sensible
désormais que je suis toute au souvenir de mon Fritz et rien de ce qui touche sa famille ne m'est indifférent.
Ayez donc la bonté, chère Madame, de m'envoyer des nouvelles de Madame Blanc vous me ferez infiniment plaisir, vous me prouverez que je suis un peu des votres dans le malheur, c'est la seule place que j'ambitionne.
Je vous embrasse de tout cœur
Votre dévouée pour la vie
17/02/1883
Chère Madame
J'ai attendu deux jours pour répondre à votre bonne lettre, je désirais savoir un peu de ce qui se passait ici pour vous mettre au courant des événements.
C'est mardi prochain que doit se réunir, à la mairie du XIIIe, un conseil de famille pour Mlle Dailly et constitué par Messieurs Malherbe, Pépet et Duboyas; les autres membres ne sont pas encore trouvés, Messieurs Vercamer et Jeannon ont refusé d'en faire parti. Ces messieurs ont pensé un instant à prier Maître Broyer de se joindre à eux et sur une observation de
Vercamer que Me Broyer n'accepterait pas, ils ont proposé Emile, cela devenait ridicule de meler Emile à toute cette histoire; je ne sais s'ils ont renoncé à leur idée.
Je n'ai plus revu Monsieur Malherbe et j'ignore quelles sont ses idées, mais j'ai peu d'espoir que les interêts de votre famille soient sérieusement défendus, à mon humble avis la présence ici de Monsieur Broyer serait presque indispensable, d'abord par son amitié pour mon pauvre Fritz, puis par son caractère officiel et enfin par son attitude vis-à-vis des gens absolument ignorants en affaires et peu ou pas dévoués à vos intérêts.
Quand aux racontars de Madame Lamain ils n'ont je
crois rien de fondé. Si un autre testament existe il n'a pu être fait qu'à Alger, car ici il ne doit pas y en avoir, j'ai été encore plus son amie que sa maîtresse à mon cher grand, il avait en moi une confiance dont je n'ai jamais démérité et il ne se serait pas caché pour me parler du testament existant. Il est vrai que ses confidences venaient de la disparition de ce même testament, lorsqu'il a quitté Mlle Dailly il a rapporté chez lui ses papiers et ses vêtements et il s'aperçut que le testament avait été enlevé du portefeuille où il était, sur le moment il était indigné d'une pareille indélicatesse mais n'a rien fait à ma connaissance pour annuler le testament. Quand à la pression exercée cela n'est pas
douteux, mais je ne puis me permettre mêmes mes observations personnelles.
Cependant mon pauvre cher Fritz a cru bien faire et je ne me sens pas le courage de le blâmer, pouvait-il le pauvre grand penser mourir à 30 ans et moi qu'il aimait tant me laisser tant d'ennuis, non certes il faut l'excuser et quand toute cette histoire sera terminée ne plus penser qu'à notre grande affection pour lui et au grand et irréparable vide qu'il laisse dans nos cœurs.
Il n'est pas encore question des scellés, sitôt prévenue je vous enverrai un dépêche, car je le répète il est indispensable que Monsieur Broyer vienne. Je vous envoie en même temps une lettre de ma sœur que vous aurez la bonté de communiquer à Monsieur Broyer à qui je donnerai le détail de l'emploi de cet argent.
Je vous remercie de tout cœur ainsi que Madame Blanc et Emile de votre offre affectueuse d'aller passer quelques jours au milieu de vous, peut-être vais-je m'y décider aussitôt la levée des scellés.
Chère Madame je vous embrasse de tout mon cœur et suis votre toute dévouée pour la vie
Caroline
Je présente mes respects à Madame Blanc et mes amitiés à Emile
Caroline
Chère Madame
J'ai attendu deux jours pour répondre à votre bonne lettre, je désirais savoir un peu de ce qui se passait ici pour vous mettre au courant des événements.
C'est mardi prochain que doit se réunir, à la mairie du XIIIe, un conseil de famille pour Mlle Dailly et constitué par Messieurs Malherbe, Pépet et Duboyas; les autres membres ne sont pas encore trouvés, Messieurs Vercamer et Jeannon ont refusé d'en faire parti. Ces messieurs ont pensé un instant à prier Maître Broyer de se joindre à eux et sur une observation de
Vercamer que Me Broyer n'accepterait pas, ils ont proposé Emile, cela devenait ridicule de meler Emile à toute cette histoire; je ne sais s'ils ont renoncé à leur idée.
Je n'ai plus revu Monsieur Malherbe et j'ignore quelles sont ses idées, mais j'ai peu d'espoir que les interêts de votre famille soient sérieusement défendus, à mon humble avis la présence ici de Monsieur Broyer serait presque indispensable, d'abord par son amitié pour mon pauvre Fritz, puis par son caractère officiel et enfin par son attitude vis-à-vis des gens absolument ignorants en affaires et peu ou pas dévoués à vos intérêts.
Quand aux racontars de Madame Lamain ils n'ont je
crois rien de fondé. Si un autre testament existe il n'a pu être fait qu'à Alger, car ici il ne doit pas y en avoir, j'ai été encore plus son amie que sa maîtresse à mon cher grand, il avait en moi une confiance dont je n'ai jamais démérité et il ne se serait pas caché pour me parler du testament existant. Il est vrai que ses confidences venaient de la disparition de ce même testament, lorsqu'il a quitté Mlle Dailly il a rapporté chez lui ses papiers et ses vêtements et il s'aperçut que le testament avait été enlevé du portefeuille où il était, sur le moment il était indigné d'une pareille indélicatesse mais n'a rien fait à ma connaissance pour annuler le testament. Quand à la pression exercée cela n'est pas
douteux, mais je ne puis me permettre mêmes mes observations personnelles.
Cependant mon pauvre cher Fritz a cru bien faire et je ne me sens pas le courage de le blâmer, pouvait-il le pauvre grand penser mourir à 30 ans et moi qu'il aimait tant me laisser tant d'ennuis, non certes il faut l'excuser et quand toute cette histoire sera terminée ne plus penser qu'à notre grande affection pour lui et au grand et irréparable vide qu'il laisse dans nos cœurs.
Il n'est pas encore question des scellés, sitôt prévenue je vous enverrai un dépêche, car je le répète il est indispensable que Monsieur Broyer vienne. Je vous envoie en même temps une lettre de ma sœur que vous aurez la bonté de communiquer à Monsieur Broyer à qui je donnerai le détail de l'emploi de cet argent.
Je vous remercie de tout cœur ainsi que Madame Blanc et Emile de votre offre affectueuse d'aller passer quelques jours au milieu de vous, peut-être vais-je m'y décider aussitôt la levée des scellés.
Chère Madame je vous embrasse de tout mon cœur et suis votre toute dévouée pour la vie
Caroline
Je présente mes respects à Madame Blanc et mes amitiés à Emile
Caroline
28 février 83
Chère Madame
J'ai attendu deux jours pour avoir quelques renseignements à vous donner, mais je ne sais rien, Vercamer est à Rheims depuis dix jours et Jeannon est mal vu de ces Messieurs de la Salpetrière on se cache de lui et il n'a rien pu m'apprendre, il faut se résigner à attendre les événements que je vous communiquerai immédiatement.
Quand à la malle je n'en ai pas entendu parler, il me semble qu'elle doit être envoyé à Maître Broyer puisque c'est lui qui l'a réclamé, son caractère officiel est suffisant pour que Fouré ne puisse se soustraire à l'envoi, peut-être
n'est-il pas à Alger pour le moment, il fait quelquefois des remplacements dans la province d'Alger, puis la petite vitesse demande un certain temps ; enfin je ne sais que vous dire, il est très ami avec Pepet, mais ce dernier est devenu suspect à Mlle Dailly parce que sur les observations de son père il a refusé de faire partie du conseil de famille.
Monsieur Malherbe va de temps en temps à la Salpetrière mais je ne le vois pas.
J'ai reçu une lettre d'Emile qui me dit espérer venir à Paris pour la levée des scellés, je serai très contente de le voir et il logera je l'espère avec moi mais il ne me dit pas si Monsieur Broyer
viendra aussi et vous ne m'en parlez pas non plus, Emile seul ici n'aurait pas, je le crains, assez d'autorité.
Quand aux boucles d'oreilles elles sont au mont de piété pour 50 frs mais la reconnaissance est sous scellés avec les autres et les papiers
Ma sœur vous est infiniment reconnaissante d'avoir bien voulu communiquer sa lettre à Monsieur Broyer, elle me charge de vous présenter ses remerciements et ses respects.
Je ne puis vous exprimer combien je suis heureuse de recevoir vos bonnes lettres je suis bien triste ici et tous ces ennuis sont un surcroit de chagrin et cependant quand tout sera fini qu'il faudra que j'abandonne notre cher nous et tous nos souvenirs ce sera un
nouveau déchirement car il y a des moments ou je me figure qu'il va rentrer et que tout ce malheur n'est qu'un affreux rêve, mais quand je vais être dans ma petite chambre que j'ai loué au sixième rue Monge 60 je ne pourrai plus me faire d'illusion et alors que deviendrai-je.
Si Emile vient à Paris il compte m'emmener avec lui à son retour à Cluny, je serai bien heureuse d'aller y passer huit jours pour vous voir ainsi que Madame Blanc et pouvoir pleurer sur la tombe de mon cher Frédéric, mais je ne voudrais pas que dans la ville on pût vous blâmer et si cela devait vous attirer la malveillance du monde j'aimerai mieux y renoncer.
J'ai été très heureuse d'apprendre que la santé de Madame Blanc était meilleure j'espère, si je vais à Cluny, la trouver completement rétablie
Ayez la bonté, chère Madame de lui présenter mes respects
Croyez, chère Madame en mon éternelle reconnaissance et mon profond respect. Je vous embrasse de tout mon cœur. Pour la vie
Caroline
Lettre de Caroline ERMERY à Emile THOMAS
14 mars 83
Cher Monsieur Emile
La nouvelle que vous m'annoncez de votre libération du service militaire, m'a fait grand plaisir.
Je comprends votre satisfaction d'être rentré chez vous et de reprendre vos petites habitudes. Puis maintenant vous avez votre pauvre grand-mère à consoler, car plus la famille diminue plus ceux qui restent doivent s'aimer et s'unir étroitement.
Comme je vous l'ai offert, à votre arrivée à Paris je vous préparerai un lit et vous vivrez à votre guise avec moi ou seul. Si vous ne pouviez me prévenir à temps et que vous ne me trouviez pas chez nous, je suis toute la journée chez Vercamer 98 rue Monge, il est en ce moment à Reims chez Mille
qui fait ses 28 jours et Vercamer le remplace à la pharmacie, pendant ce temps sa femme et moi nous nous tenons compagnie mutuellement, je n'ai eu, du reste, qu'a me louer de leurs procédés à mon égard depuis la mort de mon cher Frtz et je ne l'oublierai jamais.
Dans l'attente d'une solution prochaine pour les affaires je m'occupe activement de me procurer un emploi ou un ouvrage quelconque ; je n'ai encore rien d'arreté le travail va mal et il est difficile de trouver un débouché ne connaissant personne dans le commerce et n'ayant pas d'aptitude spéciale.
Je ne puis pas penser à reprendre ma profession de sage-femme pour plusieurs raisons sérieuses d'abord parce que je veux conserver mon indépendance et n'être pas
exposé à subir chez moi des gens dont je ne veux pas entendre parler. Malgré les difficultés nombreuses j'espère cependant commencer à travailler le premier du mois prochain.
Quand à la Salpetrière et aux affaires de Mlle Dailly je n'en ai pas entendu parler.
J'écris en même temps à Madame Fleuret de qui j'ai reçu une lettre il y a quelques jours.
En attendant le plaisir de vous voir et de vous embrasser
je suis votre toute dévouée
Caroline
Lettres de Caroline ERMERY à Virginie BLANC-FLEURET
9 avril 1883
Chère Madame
J'ai bien tardé à répondre à votre bonne lettre mais c'est que je travaille un peu tard dans ce moment-ci, nous sommes un peu pressés
J'aurais dû déménager hier huit avril et j'ai eu des désagréments avec le nouveau concierge parce que je n'amenais pas de meubles dans la chambre que j'ai loué, j'espère cependant n'avoir pas congé.
Le n'ai aucune nouvelle des affaires je ne vois personne Monsieur Vercamer n'est pas encore revenu.
Vous me dites d'écrire à Monsieur Fouré, mais je n'ai
pas qualité pour cela et si il ne répond pas à Maître Broyer il pourrait répondre à moi que cela ne me regarde pas, Ces Messieurs ne brillent pas par la délicatesse de leurs procédés.
J'espère que le voyage à Paris de Monsieur Broyer coïncidera avec la levée des scellés et le plus tôt sera le mieux car je ne puis vous exprimer combien je m'ennuie et combien j'appréhende ce fatal moment je ne me sauve des mauvaises pensées que par un travail acharné car le temps ne m'amène aucune consolation, la vie est décidément bien finie pour moi et n'est plus qu'un fardeau dont je voudrais être débarrassée.
J'ai mis de côté la blague de Monsieur Broyer et je la lui donnerai à son arrivée ici, s'il préfère je
l'enverrai à Cluny.
Les bijoux sont dans le tiroir de la commode.
Je pense qu'on ne peut refuser à Emile le portrait de son grand-père, ce serait ignoble et puis qu'en ferait-elle. Je suis de votre avis, quand la liquidation de l'héritage sera terminée il ne restera pas grand chose, mais cette question me laisse bien indifférente.
Vous me dites que Monsieur Bonnevay doit venir à Cluny. Si pour faire le portrait de mon cher Fritz il avait besoin d'une photographie je pourrais lui en preter une, qu'il m'avait donné lui-même il y a 4 ans, mais ce serait avec sa parole d'honneur de me la renvoyer aussitôt le portrait terminé.
Il y a bien longtemps que je n'ai reçu des nouvelles d'Emile
que fait-il à Argerot ? Se porte-t-il bien ? Et Madame Blanc est-elle toujours avec vous ? commence-t-elle à se remettre de ces secousses successives ?
Et vous Madame êtes-vous en bonne santé ? Vous ne m'en parlez pas.
Au revoir chère Madame Je ne vous oublie pas ainsi qu'Emile et Madame Blanc et je vous suis toute dévouée
Je vous embrasse de tout cœur
Caroline



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Première inscrite, première à laisser un commentaire ! Chic chic !!
RépondreSupprimerMais en fait je n'ai pas le temps de lire ce que tu as écrit, je le ferai à la maison quand j'aurai un peu plus de temps !
Plein de bises et bravo pour cette belle initiative !